Un million d'espèces animales et végétales sont menacées d'extinction à l'échelle mondiale. Ce chiffre, publié par l'IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) en 2019, n'a pas été révisé à la baisse depuis. Au contraire : les données accumulées entre 2019 et 2025 confirment que le rythme d'érosion de la biodiversité s'accélère. La communauté scientifique parle désormais ouvertement de « sixième extinction de masse ».
Ce que signifie « extinction de masse »#
L'histoire de la Terre a connu cinq extinctions massives, la plus récente étant celle du Crétacé-Paléogène il y a 66 millions d'années, qui a éliminé les dinosaures non aviaires et 76 % des espèces marines. Une extinction de masse se définit par la disparition de plus de 75 % des espèces sur une période géologiquement courte (moins d'un million d'années).
Le taux d'extinction actuel#
Le taux d'extinction « de fond » — le rythme naturel auquel les espèces disparaissent en dehors des crises — est estimé à environ 0,1 à 1 extinction par million d'espèces et par an (E/MSY). Les études publiées dans PNAS et Science entre 2020 et 2025 situent le taux actuel entre 100 et 1 000 E/MSY, soit 100 à 1 000 fois le rythme naturel.
Une étude de Gerardo Ceballos (UNAM) publiée dans PNAS en 2023 a calculé que 73 genres de vertébrés se sont éteints au cours des 500 dernières années, un rythme 35 fois supérieur à ce qui aurait été attendu sans l'influence humaine. Le biologiste Paul R. Ehrlich qualifie cette dynamique de « mutilation de l'arbre de vie ».
Sommes-nous déjà dans une extinction de masse ?#
Techniquement, non — pas encore. Avec environ 900 espèces documentées comme éteintes depuis 1500 (sur environ 2 millions d'espèces décrites), nous sommes loin des 75 %. Mais le rythme actuel, s'il se maintient, conduirait à ce seuil en quelques siècles. La question n'est pas « si » mais « quand », à moins d'un renversement de tendance.
L'état des lieux par groupe taxonomique#
La Liste rouge de l'UICN, mise à jour en continu, est la référence mondiale. En 2025, elle évalue 163 000 espèces, dont 45 300 sont classées menacées (catégories Vulnérable, En danger, En danger critique).
Mammifères#
Sur 6 697 espèces évaluées, 1 323 (20 %) sont menacées. Les grands mammifères sont les plus touchés : les populations de vertébrés sauvages ont décliné de 69 % en moyenne entre 1970 et 2020, selon l'Indice Planète Vivante du WWF. En France, les espèces menacées de la Liste rouge 2025 incluent le vison d'Europe (En danger critique) et le grand hamster d'Alsace.
Amphibiens#
Les amphibiens constituent le groupe le plus menacé : 41 % des 8 000 espèces évaluées sont classées menacées. Le champignon chytride (Batrachochytrium dendrobatidis), disséminé par le commerce international, a provoqué l'extinction documentée de 90 espèces et le déclin de 500 autres en 50 ans.
Insectes#
Le déclin des insectes est le plus préoccupant par ses implications systémiques. L'étude de Krefeld (2017), souvent citée, a mesuré une baisse de 75 % de la biomasse d'insectes volants en 27 ans dans les réserves naturelles allemandes. Des études ultérieures en France, en Angleterre et au Danemark ont confirmé des tendances similaires, bien que variables selon les régions et les taxons.
En France, le déclin des pollinisateurs affecte directement les services de pollinisation, dont la valeur économique est estimée à 2,9 milliards d'euros par an pour l'agriculture française.
Coraux#
Le 4e épisode mondial de blanchissement corallien (2023-2025) a touché 80 % des récifs mondiaux, selon la NOAA. C'est le plus étendu et le plus long jamais enregistré. À 1,5 °C de réchauffement, le GIEC estime que 70 à 90 % des récifs coralliens disparaîtront. À 2 °C, ce serait 99 %. Les récifs coralliens sont en alerte rouge à l'échelle mondiale.
Plantes#
Les plantes sont les grandes oubliées des évaluations. Sur les 380 000 espèces connues, seules 60 000 ont été évaluées par l'UICN. Parmi celles-ci, 22 % sont classées menacées. Les écosystèmes tropicaux, qui abritent les deux tiers de la diversité végétale mondiale, sont les plus touchés par la déforestation.
Les cinq causes principales#
L'IPBES identifie cinq facteurs directs de l'érosion de la biodiversité, classés par ordre d'impact décroissant.
1. Changement d'usage des terres et des mers#
La conversion des habitats naturels en terres agricoles, zones urbaines ou infrastructures est la première cause de perte de biodiversité. Depuis 1970, l'étendue des écosystèmes naturels intacts a diminué de 47 % en moyenne par rapport à leur état estimé préhistorique. L'agriculture occupe désormais 40 % des terres émergées.
2. Exploitation directe des organismes#
La surpêche, la chasse, le braconnage et le commerce d'espèces sauvages constituent la deuxième menace. Un tiers des stocks de poissons marins sont surexploités, selon la FAO. Le commerce illégal d'espèces sauvages génère entre 7 et 23 milliards de dollars par an.
3. Changement climatique#
Le réchauffement climatique est en passe de devenir la première cause d'extinction d'ici 2050. Chaque degré de réchauffement supplémentaire augmente le risque d'extinction pour 10 % des espèces évaluées. Les espèces de montagne et polaires, qui ne peuvent pas migrer vers des zones plus froides, sont particulièrement vulnérables.
4. Pollution#
Pesticides, plastiques, polluants chimiques (PFAS, perturbateurs endocriniens) et excès de nutriments (eutrophisation) affectent les organismes vivants à toutes les échelles. La pollution azotée d'origine agricole est responsable de zones mortes océaniques couvrant 250 000 km², une surface en expansion.
5. Espèces exotiques envahissantes#
Les espèces introduites par l'activité humaine ont contribué à 60 % des extinctions documentées d'espèces insulaires. Le commerce international, le transport maritime et les changements climatiques favorisent l'expansion de ces espèces.
Les réponses internationales#
Le Cadre mondial de Kunming-Montréal (COP15)#
Adopté en décembre 2022, le Cadre mondial pour la biodiversité fixe 23 cibles à atteindre d'ici 2030, dont :
- Protéger 30 % des terres et 30 % des mers (« 30x30 »)
- Restaurer 30 % des écosystèmes dégradés
- Réduire de moitié le risque lié aux pesticides
- Mobiliser 200 milliards de dollars par an pour la biodiversité
En 2025, les premiers bilans sont mitigés. Seuls 25 pays ont soumis leurs Stratégies et plans d'action nationaux pour la biodiversité (SPANB) actualisés. Le financement reste très en deçà de l'objectif : les flux financiers mondiaux vers la biodiversité atteignent environ 130 milliards de dollars par an, dont la moitié provient des dépenses publiques.
Le traité en haute mer (BBNJ)#
L'entrée en vigueur du traité BBNJ en janvier 2026 ouvre la voie à la création d'aires marines protégées dans les eaux internationales, qui couvrent 64 % de la surface océanique. La biodiversité marine fait l'objet d'un nouveau cadre juridique qui pourrait changer la donne pour la protection des océans.
Que signifie cette extinction pour l'humanité ?#
L'érosion de la biodiversité n'est pas qu'un problème « environnemental ». L'IPBES estime que les services écosystémiques rendus par la nature représentent 44 000 milliards de dollars par an, soit plus de la moitié du PIB mondial. La pollinisation, la purification de l'eau, la régulation du climat, la fertilité des sols, la production alimentaire : toutes ces fonctions dépendent de la biodiversité.
L'OMS ajoute une dimension sanitaire : 60 % des maladies infectieuses émergentes sont d'origine zoonotique (transmises de l'animal à l'homme), et la destruction des habitats naturels augmente le risque de contact entre la faune sauvage et les populations humaines. La pandémie de COVID-19 a brutalement rappelé cette réalité.
FAQ#
La 6e extinction est-elle réversible ?#
Pas pour les espèces déjà éteintes. Mais le rythme d'extinction peut être ralenti, voire inversé pour certains groupes, grâce à la protection des habitats, la lutte contre le braconnage et les programmes de réintroduction. Le retour du lynx en France ou du bison en Europe montre que la restauration est possible quand les conditions s'y prêtent.
Combien d'espèces disparaissent chaque jour ?#
Les estimations varient. L'UICN documente environ 2 à 5 extinctions confirmées par an, mais le taux réel est probablement beaucoup plus élevé : de nombreuses espèces disparaissent avant même d'avoir été décrites. Les estimations les plus citées situent le rythme entre 10 et 200 espèces par jour, mais ces chiffres restent très incertains.
Que puis-je faire à mon échelle ?#
Réduire sa consommation de produits issus de la déforestation (huile de palme, soja importé, viande bovine brésilienne), participer aux programmes de science participative (Vigie-Nature, STOC), soutenir les associations de protection de la nature (LPO, FNE, WWF), et sensibiliser son entourage. Les choix alimentaires et de consommation ont un impact direct sur la demande en ressources naturelles.
Sources#
- IPBES, « Rapport d'évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques », 2019
- UICN, « Liste rouge des espèces menacées — mise à jour 2025 »
- WWF, « Rapport Planète Vivante 2024 »
- Ceballos G., Ehrlich P. et al., « Accelerated modern human-induced species losses: Entering the sixth mass extinction », PNAS, 2023
- NOAA, « Fourth Global Coral Bleaching Event — Status Report 2025 »
- CDB, « Cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité », décembre 2022
- OMS, « Biodiversity and health — evidence review », 2024



