Selon les derniers chiffres des Nations Unies, 2,2 milliards de personnes dans le monde n'ont pas accès à l'eau potable gérée de manière sécurisée. 3,5 milliards n'ont pas accès à des services d'assainissement de base. Ce sont les données de fond qui éclairent le thème choisi par ONU-Eau pour la Journée mondiale de l'eau 2026, célébrée le 22 mars : eau et égalité.
Le choix de ce thème n'est pas neutre. Il marque un virage dans la communication internationale sur l'eau : au-delà de la gestion des ressources et de la réduction de la consommation, c'est la dimension structurellement inégale de l'accès à l'eau qui est mise au premier plan.
Le thème ONU 2026 : eau et égalité#
ONU-Eau, le mécanisme de coordination inter-agences des Nations Unies sur l'eau et l'assainissement, définit chaque année le thème de la journée mondiale. Pour 2026, l'accent est mis sur l'égalité des sexes dans la gestion de l'eau.
Le constat documenté : dans les pays en développement, la corvée d'eau — aller chercher l'eau à des sources souvent distantes — repose à 72% sur les femmes et les filles. Ce temps non disponible pour l'éducation, le travail ou le repos est un frein direct à l'égalité. Quand l'accès à l'eau est sécurisé à domicile, les trajectoires de vie changent.
La dimension santé est aussi centrale : l'absence d'eau propre pour l'hygiène menstruelle est un facteur documenté d'absentéisme scolaire chez les adolescentes dans de nombreuses régions du monde.
Le thème rejoint les discussions actuelles sur la qualité de l'eau potable en France et en Europe, où les inégalités ne portent pas sur l'accès physique mais sur la qualité : l'exposition aux nitrates, aux pesticides et aux microplastiques dans l'eau potable est plus forte dans certains territoires ruraux et zones péri-industrielles.
Les chiffres de l'accès mondial à l'eau#
Pour cadrer les enjeux globaux à l'occasion du 22 mars :
- 2,2 milliards de personnes sans accès à une eau potable sécurisée (ONU, 2024)
- 3,5 milliards sans accès à des services d'assainissement de base
- 785 millions de personnes encore sans accès à l'eau potable de base
- Afrique subsaharienne : région où le déficit est le plus marqué, avec des taux d'accès à l'eau potable gérée de manière sécurisée inférieurs à 30% dans plusieurs pays
- ODD 6 (Objectifs de Développement Durable) : assurer l'accès de tous à l'eau et à l'assainissement d'ici 2030 — l'objectif n'est pas en bonne voie selon le rapport de suivi ONU 2025
La pression sur les ressources hydriques va croître avec le changement climatique. Les projections actuelles tablent sur une augmentation de 40% du déficit en eau à l'échelle mondiale d'ici 2030 si les trajectoires actuelles se poursuivent.
Initiatives françaises : Eau de Paris en première ligne#
En France, la Journée mondiale de l'eau est l'occasion pour les opérateurs publics de rendre des comptes et de présenter leurs projets.
Eau de Paris — régisseur municipal de l'alimentation en eau de la capitale — est particulièrement active :
Le budget participatif dédié à l'eau. Eau de Paris a lancé en 2026 son troisième budget participatif, doté d'une enveloppe de 250 000 euros. Les Parisiens votent pour des projets innovants autour de l'eau potable. Les thématiques retenues : solidarité et accès à l'eau, éducation des jeunes, sensibilisation du grand public et lien entre eau potable et alimentation durable. Un dispositif qui ancre la gouvernance de l'eau dans la démocratie participative locale.
Les 1 200 fontaines parisiennes. Le réseau des fontaines d'eau potable dans Paris (fontaines Wallace, fontaines réfrigérées, fontaines pétillantes) représente un maillage territorial dense qui garantit un accès libre et gratuit à l'eau. Un contre-modèle à la privatisation de l'accès à l'eau que certains pointent comme risque dans d'autres contextes.
La résilience hydrique du réseau. Eau de Paris a inauguré en 2026 un nouveau siège centré sur la gestion de la résilience hydrique de Paris face aux défis climatiques. La sécheresse printanière de 2026 et les épisodes caniculaires répétés depuis plusieurs étés posent la question de la durabilité de l'approvisionnement en eau de la région parisienne à horizon 2040-2050.
Les enjeux régionaux en France#
Au-delà de Paris, la situation varie considérablement selon les territoires :
Les zones rurales sous pression. Dans certains départements ruraux, les réseaux d'eau potable sont vieillissants. Des communes rurales connaissent des ruptures d'approvisionnement lors des épisodes de sécheresse. Le taux de fuite dans les réseaux français est estimé à 20-25% en moyenne nationale — avec des pointes locales bien au-dessus. Chaque litre qui fuit avant d'arriver au robinet est de l'eau traitée gaspillée.
La contamination aux nitrates. Plusieurs départements à forte tradition agricole (Bretagne, Normandie, Hauts-de-France) dépassent régulièrement les seuils réglementaires de nitrates dans certaines captages. La coordination Eau Île-de-France suit de près les engagements des candidats aux municipales 2026 sur la protection des ressources en eau.
Les PFAS dans les eaux souterraines. La contamination aux polluants éternels des nappes phréatiques est un problème identifié dans plusieurs régions. Les décrets de décembre 2025 ont fixé des seuils de concentration dans l'eau potable, mais la dépollution des sources contaminées est un chantier de long terme.
Que faire le 22 mars#
La Journée mondiale de l'eau génère chaque année un flux d'événements : conférences, opérations de sensibilisation dans les écoles, actions associatives, expositions. Quelques repères pour identifier les initiatives pertinentes :
- Le site des Nations Unies publie les ressources officielles de la campagne 2026 avec le matériel pédagogique associé
- L'UNESCO coordonne des événements académiques et scientifiques autour de la gouvernance mondiale de l'eau
- Les agences de l'eau françaises (Adour-Garonne, Artois-Picardie, Loire-Bretagne, Rhin-Meuse, Rhône-Méditerranée-Corse, Seine-Normandie) publient des bilans territoriaux et organisent des événements locaux
Au-delà du 22 mars, les enjeux de l'eau en France et dans le monde — accès universel, qualité, préservation des ressources face au changement climatique — méritent une attention qui ne se limite pas à une journée par an.



