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Forum économique mondial 2026 : l'environnement reste le risque n°1

Par Jennifer D.

6 min de lecture
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Le Global Risks Report 2026 du Forum économique mondial, 21e édition, est formel : les risques environnementaux dominent le paysage mondial à long terme. Selon les derniers chiffres compilés auprès de plus de 1 300 experts internationaux, les événements météorologiques extrêmes, la perte de biodiversité et l'effondrement des écosystèmes figurent parmi les menaces les plus sévères à horizon 2036. Ce constat intervient alors que les pertes assurées liées aux catastrophes climatiques dépassent les 100 milliards de dollars pour la sixième année consécutive.

L'enquête révèle un paradoxe troublant : dans le court terme, les risques environnementaux reculent dans les préoccupations des décideurs — éclipsés par les tensions géopolitiques, l'IA et les guerres commerciales. Mais à dix ans, ils reprennent la première place. Le climatique comme angle mort de l'urgence.

2025 : l'année des records de sinistralité#

Les données de 2025 donnent raison aux climatologues les plus alarmistes. Les pertes assurées mondiales liées aux catastrophes naturelles ont atteint 107 milliards de dollars, un chiffre qui confirme une tendance structurelle : depuis six ans, la barre des 100 milliards est systématiquement franchie.

L'incendie de Palisades, en Californie, à lui seul estimé à 41 milliards de dollars de dommages, illustre la nouvelle échelle des catastrophes climatiques. Ce n'est plus un événement exceptionnel — c'est la nouvelle norme.

Les catastrophes naturelles de 2025 ont touché tous les continents : inondations en Europe centrale, sécheresses en Amazonie, typhons en Asie du Sud-Est, incendies en Amérique du Nord et en Méditerranée. La diversité géographique des sinistres rend impossible toute mutualisation efficace des risques par les assureurs.

Primes d'assurance en France : la spirale#

En France, les conséquences se matérialisent dans les portefeuilles. D'après France Assureurs, le coût des événements naturels a atteint 5 milliards d'euros en 2024, plaçant cette année au 9e rang des plus coûteuses pour le secteur. Et la tendance s'accélère.

Les chiffres clés pour 2025-2026 :

  • Hausse des primes d'assurance habitation de 8 à 11 % en 2025 ;
  • La surprime catastrophes naturelles (CatNat) est passée de 12 % à 20 % au 1ᵉʳ janvier 2025 ;
  • En 2024, le coût total des événements naturels couverts a atteint 5 milliards d'euros ;
  • L'ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) estime une hausse des primes de 130 % à 200 % d'ici 2050.

Ces hausses ne sont pas uniformes. Certains départements, particulièrement exposés au retrait-gonflement des argiles, aux submersions marines ou aux inondations, subissent des augmentations bien supérieures à la moyenne. La question de l'assurabilité de certains territoires se pose désormais ouvertement.

L'assurabilité en question#

Le rapport du WEF pointe un risque systémique : à mesure que les sinistres augmentent, les assureurs se retirent des zones les plus exposées. En Californie, plusieurs assureurs majeurs ont déjà cessé d'émettre de nouvelles polices dans certaines zones à risque d'incendie. En France, UFC-Que Choisir alerte sur le fait que le climat « fait flamber les primes et menace l'assurabilité de certains territoires ».

Le mécanisme est simple :

  • Les sinistres augmentent, les assureurs augmentent les primes
  • Les primes deviennent inabordables pour certains ménages
  • Les assureurs se retirent des zones les plus risquées
  • Les propriétaires restent sans couverture, exposés au prochain événement

Ce phénomène, déjà observable aux États-Unis et en Australie, commence à se manifester en Europe. Le régime CatNat français, fondé sur la solidarité nationale, est sous pression. Son financement repose sur une surprime mutualisée, mais si les coûts continuent d'exploser, la solidarité atteindra ses limites.

Environnement vs géopolitique : le décalage temporel#

L'enquête révèle que le rapport du WEF met en lumière un décalage frappant. À court terme (2026), les experts classent les conflits armés, la désinformation et les tensions commerciales comme risques prioritaires. L'environnement est relégué au second plan.

Mais à horizon 2036, les risques environnementaux reprennent la tête du classement : événements météorologiques extrêmes, perte de biodiversité, pollution, pénuries de ressources naturelles. Le WEF qualifie cette période d'« âge de la compétition », où les rivalités géopolitiques empêchent la coopération nécessaire pour faire face aux défis climatiques.

Ce décalage temporel a des conséquences concrètes sur les politiques publiques. Les gouvernements, focalisés sur les crises immédiates, sous-investissent dans l'adaptation et la prévention climatiques. Les records de températures de 2025 auraient dû provoquer une accélération des politiques d'adaptation — ils n'ont pas suffi.

Le coût de l'inaction#

Les économistes du climat ont un message clair : chaque euro non investi dans la prévention coûte entre 5 et 10 euros en réparation. Le rapport Stern de 2006 estimait le coût de l'inaction climatique à 5 à 20 % du PIB mondial par an. Vingt ans plus tard, les projections se vérifient.

En France, la trajectoire vers la neutralité carbone prévoit des investissements massifs dans la rénovation thermique, les infrastructures de transport et l'adaptation des territoires. Mais le rythme actuel est insuffisant. Le Haut Conseil pour le Climat le répète chaque année : la France n'est pas sur la bonne trajectoire.

Le financement de l'adaptation climatique, discuté lors de la COP30, reste en deçà des besoins estimés. Les pays en développement, les plus vulnérables, reçoivent une fraction des 1 300 milliards de dollars promis.

Ce que le rapport du WEF change (ou pas)#

Soyons lucides : le Global Risks Report est un document d'influence, pas un plan d'action. Il ne contraint personne. Mais son importance réside dans le consensus qu'il reflète : plus de 1 300 experts — dirigeants d'entreprises, universitaires, responsables politiques — reconnaissent que les risques environnementaux sont les plus graves à long terme.

Ce que cela devrait entraîner :

  • Intégration des risques climatiques dans toutes les décisions d'investissement et d'aménagement du territoire
  • Réforme du régime CatNat pour anticiper la hausse des sinistres plutôt que la subir
  • Accélération de l'adaptation : digues, renaturation, révision des PLU, interdiction de construire en zone inondable
  • Transparence des assureurs sur leurs modèles de risque et leurs stratégies de retrait territorial

Le rapport du WEF 2026 confirme ce que les scientifiques disent depuis des décennies. La question n'est plus de savoir si les risques environnementaux vont se matérialiser. Ils se matérialisent déjà. La question est de savoir si nous nous y préparons à la vitesse requise. Les données actuelles suggèrent que non.

Sources#

JD

Jennifer D.

Journaliste d'investigation

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