28,6 TWh produits en neuf mois. Une hausse de 35 % par rapport à la même période en 2024. Le solaire photovoltaïque français vient de signer son année la plus prolifique. Et les chiffres ne mentent pas : la France, longtemps à la traîne de ses voisins européens, accélère enfin sur le solaire. Mais cette accélération suffira-t-elle à atteindre les objectifs de la nouvelle Programmation pluriannuelle de l'énergie ?
Un premier semestre 2025 exceptionnel
Les données publiées par le Service des données et études statistiques (SDES) du ministère de la Transition écologique sont sans ambiguïté. Au premier semestre 2025, la production solaire photovoltaïque a atteint 16,5 TWh, soit une progression de 40 % par rapport au premier semestre 2024.
Ce bond s'explique par la combinaison de deux facteurs : une capacité installée en forte hausse (nouveaux raccordements) et un ensoleillement globalement favorable sur la période. Le premier trimestre seul a généré 5,4 TWh, déjà en hausse de 40 % sur un an.
Sur les neuf premiers mois de l'année, la production cumulée s'établit à 28,6 TWh, en progression de 35 % par rapport à janvier-septembre 2024. C'est un record historique pour le solaire français.
Ce que représentent 28,6 TWh
Pour donner un ordre de grandeur :
- 28,6 TWh, c'est l'équivalent de la consommation électrique annuelle d'environ 6,5 millions de foyers français
- Cela représente davantage que la production annuelle totale du solaire en 2022 (18,6 TWh)
- Sur la période janvier-septembre 2025, le solaire a couvert 7,9 % de la consommation électrique française (hors autoconsommation)
Ce dernier chiffre est significatif. En 2020, la part du solaire dans la consommation nationale plafonnait autour de 2,8 %. En cinq ans, elle a presque triplé. Le solaire constitue ainsi un pilier central du panorama des énergies renouvelables en France.
29,7 GW installés : le parc poursuit sa montée en puissance
Au 30 septembre 2025, la puissance totale du parc solaire photovoltaïque français atteint 29,7 GW, dont 28,7 GW en France continentale. Sur les trois premiers trimestres, 4,5 GW de nouvelles capacités ont été raccordées au réseau — contre 3,7 GW sur la même période en 2024.
Le rythme de raccordement en chiffres
| Période | Puissance raccordée | Évolution |
| 9 premiers mois 2024 | 3,7 GW | — |
| 9 premiers mois 2025 | 4,5 GW | +21,6 % |
| Objectif annuel PPE (2024-2028) | 2,9 GW (appels d'offres) | — |
Le rythme de raccordement dépasse largement le plafond de 2,9 GW par an fixé par les appels d'offres et les tarifs réglementés. C'est que le solaire français bénéficie désormais d'une dynamique portée par plusieurs vecteurs : installations en toiture chez les particuliers (autoconsommation), centrales au sol, ombrières de parkings (obligation issue de la loi APER), et premières installations agrivoltaïques.
Qui installe du solaire en France ?
Le marché se segmente en trois grandes catégories :
- Les centrales au sol restent le premier contributeur en puissance raccordée. Les appels d'offres de la Commission de régulation de l'énergie (CRE) attribuent régulièrement des volumes de plusieurs centaines de MW.
- Les installations en toiture connaissent un essor remarquable, porté par la baisse des coûts des panneaux et par la montée de l'autoconsommation individuelle.
- L'agrivoltaïsme, encadré par la loi APER du 10 mars 2023 et précisé par l'instruction ministérielle du 18 février 2025, permet de combiner production solaire et activité agricole. Le taux de couverture photovoltaïque est limité à 40 % de la parcelle et le rendement agricole doit rester supérieur à 90 % d'une parcelle témoin.
L'ombre au tableau : l'écrêtement explose
Derrière ces records de production, un phénomène inquiétant émerge. RTE, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité, signale dans son bilan semestriel un triplement des écrêtements de la production solaire au premier semestre 2025 : 1,2 TWh écrêtés, contre 0,4 TWh sur la même période en 2024.
Qu'est-ce que l'écrêtement ?
L'écrêtement, c'est le fait de réduire volontairement la production d'une centrale solaire parce que le réseau ne peut pas absorber l'électricité au moment où elle est produite. Concrètement, les panneaux sont capables de produire, mais on leur demande de s'arrêter ou de réduire parce que la demande est trop faible ou les lignes saturées.
Pourquoi l'écrêtement augmente
Le phénomène s'amplifie pour trois raisons :
- La production solaire est concentrée : entre 11 h et 15 h en été, la production dépasse parfois la demande dans certaines régions du sud de la France
- Le réseau de transport n'a pas été dimensionné pour absorber une production décentralisée aussi rapide. Les investissements réseau suivent un rythme plus lent que les raccordements solaires
- Le stockage reste marginal : sans batteries à grande échelle ou solutions de flexibilité suffisantes, l'excédent de production n'a pas d'exutoire
1,2 TWh écrêtés, c'est l'équivalent de l'alimentation de 270 000 foyers pendant un an. De l'électricité produite, mais perdue. RTE a alerté sur la nécessité d'accélérer les investissements dans le réseau et le stockage pour éviter que cette perte ne devienne structurelle.
PPE 2026-2035 : les objectifs sont-ils à la hauteur ?
Le décret n° 2026-76 du 12 février 2026 a fixé la nouvelle Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE3) pour la période 2026-2035. Pour le solaire photovoltaïque, les objectifs sont les suivants :
| Échéance | Objectif de puissance installée |
| 2030 | 48 GW |
| 2035 | 55 à 80 GW |
Où en sommes-nous par rapport à ces objectifs ?
Avec 29,7 GW installés fin septembre 2025, la France doit raccorder environ 18,3 GW supplémentaires en cinq ans pour atteindre l'objectif de 48 GW en 2030. Cela représente un rythme de 3,7 GW par an — un rythme qui semble atteignable au vu des 4,5 GW raccordés sur les seuls neuf premiers mois de 2025.
Pour le haut de la fourchette 2035 (80 GW), le défi est plus conséquent : il faudrait raccorder environ 50 GW en dix ans, soit 5 GW par an en moyenne. C'est un objectif ambitieux mais qui s'inscrit dans la tendance observée.
La PPE3 face aux critiques
La filière solaire a accueilli la PPE3 avec des sentiments mitigés. Si les objectifs à 2035 sont ambitieux en haut de fourchette, le plafond des appels d'offres à 2,9 GW par an jusqu'en 2028 est jugé insuffisant par France Renouvelables, le syndicat professionnel du secteur. Celui-ci plaide pour un relèvement à 5 GW par an d'appels d'offres, complétés par le développement de l'autoconsommation et de l'agrivoltaïsme.
La PPE3 prévoit également une clause de revoyure en 2027, qui permettra d'ajuster les trajectoires en fonction des résultats observés. Une disposition saluée par les acteurs du marché, qui y voient un mécanisme de correction bienvenu.
La France en Europe : rattrapage en cours
La France reste en retrait par rapport à l'Allemagne (environ 95 GW installés fin 2025) ou l'Espagne (45 GW), mais la dynamique de rattrapage est engagée. Le rythme français de raccordement par habitant se rapproche désormais de la moyenne européenne, après des années de sous-investissement.
Comparaison européenne (estimations fin 2025)
| Pays | Puissance installée | Population | W/habitant |
| Allemagne | environ 95 GW | 84 M | environ 1 130 |
| Espagne | environ 45 GW | 48 M | environ 937 |
| Italie | environ 35 GW | 59 M | environ 593 |
| France | environ 31 GW | 68 M | environ 456 |
Le retard français s'explique historiquement par le poids du nucléaire dans le mix électrique (environ 65-70 % de la production), qui a longtemps réduit l'urgence perçue du développement des renouvelables. La PPE3 entérine un virage vers un mix plus diversifié, combinant nucléaire rénové et renouvelables en forte croissance. L'éolien en mer, avec son objectif de 18 GW en 2035, complète la trajectoire solaire.
Autoconsommation : le marché des particuliers s'envole
Un facteur structurant de la croissance solaire en 2025 est l'essor de l'autoconsommation individuelle. De plus en plus de particuliers et d'entreprises installent des panneaux sur leur toit pour consommer directement l'électricité produite, avec revente du surplus au réseau.
La hausse des tarifs de l'électricité en 2023-2024, la baisse du coût des panneaux (divisé par quatre en dix ans) et les aides publiques (prime à l'autoconsommation, obligation d'achat) ont créé un alignement favorable. Cette dynamique contribue directement à la réduction de l'empreinte carbone des ménages français. Les installateurs rapportent des carnets de commandes record depuis début 2025.
La loi APER impose également, depuis le 1er janvier 2025, l'installation de panneaux solaires ou de systèmes de végétalisation sur les toitures des bâtiments commerciaux, industriels et logistiques neufs ou faisant l'objet de rénovations lourdes. Cette obligation alimente aussi le pipeline de raccordements.
Quels défis pour 2026 et au-delà ?
Si 2025 marque une année charnière, les défis restent nombreux pour maintenir la dynamique :
- Le réseau : RTE et Enedis doivent investir massivement pour renforcer les lignes et éviter que l'écrêtement ne devienne un frein systémique. Le schéma décennal de développement du réseau (SDDR) prévoit 100 milliards d'euros d'investissements sur 15 ans
- Le stockage : sans solutions de stockage (batteries, hydrogène, STEP), la production solaire intermittente ne peut pas se substituer à une production pilotable. La France est en retard sur le stockage par batteries à grande échelle
- L'acceptabilité : les projets de centrales au sol suscitent des oppositions locales, notamment en zones agricoles. L'encadrement de l'agrivoltaïsme vise à concilier les usages, mais les tensions persistent
- La chaîne d'approvisionnement : la France dépend massivement de la Chine pour la fabrication des panneaux solaires. Le MACF pourrait d'ailleurs modifier l'équation économique des importations. La construction d'usines européennes (initiative de l'Alliance solaire européenne) est en cours mais prendra plusieurs années
- La main-d'œuvre : la filière manque d'installateurs qualifiés. Le nombre de postes non pourvus dans la filière solaire est estimé à plusieurs milliers par France Renouvelables
FAQ
Combien la France a-t-elle produit d'électricité solaire en 2025 ?
Sur les neuf premiers mois de 2025, la production solaire photovoltaïque a atteint 28,6 TWh, en hausse de 35 % par rapport à la même période en 2024. Au premier semestre, la progression atteignait 40 %. Ces chiffres constituent un record historique pour le solaire français (source : SDES, tableau de bord solaire photovoltaïque, 2e trimestre 2025).
Quelle est la puissance installée du parc solaire français ?
Au 30 septembre 2025, le parc solaire français atteint 29,7 GW de puissance installée, dont 28,7 GW en France continentale. Sur les trois premiers trimestres de 2025, 4,5 GW de nouvelles capacités ont été raccordées au réseau, contre 3,7 GW sur la même période en 2024 (source : SDES).
Quels sont les objectifs solaires de la PPE 2026-2035 ?
La PPE3, publiée par le décret n° 2026-76 du 12 février 2026, fixe un objectif de 48 GW de puissance solaire installée en 2030 et de 55 à 80 GW en 2035. Les appels d'offres sont plafonnés à 2,9 GW par an jusqu'en 2028, avec une clause de revoyure en 2027.
Pourquoi l'écrêtement solaire augmente-t-il en France ?
L'écrêtement a triplé au premier semestre 2025 (1,2 TWh contre 0,4 TWh en 2024) en raison de la concentration de la production aux heures de fort ensoleillement, de la saturation ponctuelle du réseau de transport et du manque de capacités de stockage. RTE alerte sur la nécessité d'accélérer les investissements dans le réseau et le stockage.
L'autoconsommation solaire est-elle rentable en France ?
Avec la baisse du coût des panneaux (divisé par quatre en dix ans), la hausse des tarifs de l'électricité et les aides publiques (prime à l'autoconsommation, obligation d'achat du surplus), l'autoconsommation solaire est devenue rentable pour de nombreux ménages et entreprises. Le temps de retour sur investissement moyen est estimé entre 8 et 12 ans selon la localisation et la configuration de l'installation.
Sources
- SDES — Tableau de bord solaire photovoltaïque, 2e trimestre 2025
- L'Écho du Solaire — 4,5 GW de puissance raccordée sur les trois premiers trimestres de 2025
- pv magazine France — La puissance du parc solaire photovoltaïque atteint 26,8 GW
- pv magazine France — L'écrêtement de la production solaire explose au premier semestre
- Gossement Avocats — PPE 2026-2035 : décret n° 2026-76 du 12 février 2026
- Ministère de l'Économie — PPE3 : Programmation pluriannuelle de l'énergie 2026-2035
- RTE — Production d'énergie solaire



