L'été 2025 restera dans les annales climatiques européennes. Selon le Centre européen de surveillance de la sécheresse (EDO), plus de 65 % du territoire européen a présenté un déficit hydrique durable — un record absolu. Les nappes phréatiques ont atteint des niveaux critiques dans plusieurs pays, forçant des restrictions d'eau sans précédent pour les agriculteurs comme pour les particuliers.
Une sécheresse historique, pays par pays
Les Balkans en état d'urgence
L'Europe de l'Est a subi le choc le plus sévère. En Bulgarie, au Kosovo, en Serbie et en Macédoine du Nord, plus de 90 % des territoires nationaux ont été touchés par différents niveaux de sécheresse au pic de l'été. La Serbie a enregistré un ratio alarmant : 61 % de ses sols en état d'alerte rouge selon l'échelle EDO.
Cette concentration dans les Balkans s'explique par la conjonction d'un hiver peu neigeux — qui prive les aquifères de leur recharge printanière — et d'un printemps-été marqué par des températures 3 à 4 °C au-dessus des normales saisonnières.
Le Portugal : de 5 % à 70 % en deux mois
La vitesse de dégradation au Portugal a surpris même les experts. En juillet 2025, seuls 5 % du territoire national étaient classés en zone de sécheresse. En août, ce chiffre atteignait 70 %. Le contraste illustre à quel point les épisodes de sécheresse s'intensifient désormais rapidement sous l'effet du changement climatique.
La France : les nappes du Sud sous pression
En France, la situation a été contrastée selon les régions. Le Bassin parisien a bénéficié d'un printemps relativement humide. En revanche, les nappes phréatiques du Sud-Ouest, de la vallée du Rhône et de la Provence ont affiché des niveaux critiques, parfois inférieurs aux records de 2022. Le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) indique que 80 % des niveaux des nappes françaises étaient en baisse au plus fort de l'été.
L'état des nappes phréatiques : des signaux préoccupants
Les nappes phréatiques fonctionnent comme des batteries souterraines : elles se rechargent en hiver et en automne par infiltration des pluies, puis soutiennent les débits des rivières et l'alimentation en eau potable en été.
Lorsque plusieurs années déficitaires se succèdent, comme c'est le cas depuis 2019-2020, les nappes n'ont pas le temps de se recharger complètement entre deux étés. Ce déficit structurel est désormais documenté par le BRGM sur plusieurs aquifères français majeurs, notamment :
- La nappe de la Beauce (premier aquifère de France en volume)
- Les alluvions de la Garonne et du Lot
- Les calcaires de la nappe de l'Astien (Hérault, Gard)
Pour les nappes profondes comme le Jurassique du Bassin parisien, le cycle de recharge prend plusieurs siècles. Leur surexploitation actuelle hypothèque les usages futurs de manière quasi irréversible à l'échelle humaine.
Restrictions d'eau : l'agriculture en première ligne
La sécheresse 2025 a déclenché des arrêtés préfectoraux de restriction dans près de la moitié des départements français dès le mois de juin. Quatre niveaux d'alerte existent en France :
- Vigilance : messages de sensibilisation
- Alerte : réduction des prélèvements agricoles de 25 %
- Alerte renforcée : réduction de 50 %
- Crise : seuls les usages prioritaires (eau potable, santé, sécurité civile) sont autorisés
L'agriculture, premier consommateur d'eau douce en Europe avec environ 70 % des prélèvements, a été contrainte de s'adapter dans l'urgence : arrêt de l'irrigation pour certaines cultures, changements variétaux précipités, recours aux eaux usées traitées là où les infrastructures le permettaient.
Le lien avec le changement climatique
La sécheresse de 2025 n'est pas un événement isolé. Elle s'inscrit dans une tendance structurelle documentée par le GIEC : le bassin méditerranéen se transforme en zone à risque hydrologique chronique sous l'effet du réchauffement climatique.
Plusieurs mécanismes concourent à cette aggravation :
- Hausse des températures : chaque degré supplémentaire augmente l'évapotranspiration, réduisant l'eau disponible même si les précipitations restent constantes
- Irrégularité des précipitations : les pluies tombent en épisodes plus intenses mais plus espacés, favorisant le ruissellement plutôt que l'infiltration
- Fonte des glaciers : les glaciers alpins, qui régulaient autrefois le débit des rivières en été, perdent chaque année une part de leur capacité tampon
Les projections du GIEC pour la zone méditerranéenne prévoient une réduction des précipitations de 10 à 30 % d'ici 2100, selon les scénarios d'émissions. Pour la France du Sud, certains modèles estiment que la situation de 2025 deviendra la normale d'ici 2050.
Sources
- Terre Futur — Sécheresse 2025 : vers une pénurie hydrique amplifiée en Europe
- Entraid — Sécheresse 2025 : début des restrictions d'eau
- Eaufrance — Bulletin national de situation hydrologique juin 2025
- BRGM — Groundwater and drought challenges
Conclusion
La sécheresse de 2025 n'est pas une anomalie mais un signal. Les nappes phréatiques européennes accumulent un déficit structurel qui met en péril l'eau potable, l'agriculture et les écosystèmes aquatiques pour les décennies à venir. Pour comprendre les dynamiques de fond, notre article sur le bilan environnemental 2025 replace cet épisode dans le contexte climatique global. Les conclusions du 6e rapport du GIEC pour la France détaillent les trajectoires de risque à horizon 2050 et 2100.



