Retrait des États-Unis de l'Accord de Paris : impact réel sur le climat

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Le 27 janvier 2026, le retrait des États-Unis de l'Accord de Paris sur le climat est devenu effectif. Un an jour pour jour après la notification transmise au Secrétaire général de l'ONU par l'administration Trump, le deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre a officiellement quitté le cadre multilatéral censé contenir le réchauffement sous 1,5 °C. C'est la deuxième fois en moins d'une décennie que Washington tourne le dos à l'accord historique de 2015. Mais cette fois, les conséquences pourraient être bien plus profondes.

Un retrait annoncé dès le premier jour

Donald Trump n'a pas attendu. Le 20 janvier 2025, jour de son investiture pour un second mandat, il signe un décret exécutif ordonnant le retrait des États-Unis de l'Accord de Paris. La lettre officielle de notification parvient au secrétariat de la CCNUCC le 27 janvier 2025. Conformément à l'article 28 de l'accord, le retrait prend effet un an après la notification — soit le 27 janvier 2026.

Mais Trump est allé plus loin que lors de son premier mandat. En plus de l'Accord de Paris, l'administration américaine a cette fois annoncé le retrait de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) et du Fonds vert pour le climat (FVC). Un désengagement total de l'architecture climatique internationale, sans précédent pour une grande puissance.

La valse des entrées et sorties : 2017-2026

Pour comprendre l'ampleur du choc, il faut remonter le fil.

Premier retrait : Trump 1.0 (2017-2020)

Le 1er juin 2017, Donald Trump annonce depuis la roseraie de la Maison Blanche que les États-Unis quitteront l'Accord de Paris. Le retrait ne devient effectif que le 4 novembre 2020 — le lendemain de l'élection présidentielle remportée par Joe Biden. Pendant ces trois années, les États-Unis restaient techniquement parties à l'accord, mais leur engagement diplomatique et financier s'est réduit à néant.

Réintégration sous Biden (2021-2024)

Dès son premier jour de mandat, le 20 janvier 2021, Joe Biden signe un décret réintégrant les États-Unis dans l'Accord de Paris. Les NDC américaines (contributions déterminées au niveau national) sont relevées : objectif de réduction de 50 à 52 % des émissions par rapport à 2005, à l'horizon 2030. L'Inflation Reduction Act (IRA) de 2022 injecte 369 milliards de dollars dans la transition énergétique. Les États-Unis s'engagent également sur 3 milliards de dollars pour le Fonds vert pour le climat.

Second retrait : Trump 2.0 (2025-...)

Le second retrait est plus radical. Il ne se limite pas à l'Accord de Paris : il vise l'ensemble du système multilatéral climatique. L'administration Trump a également ordonné le retrait de 66 organisations internationales, dont plusieurs en lien avec le climat et l'environnement.

Le poids climatique des États-Unis en chiffres

Les États-Unis ne sont pas un acteur marginal du réchauffement. Ce sont les plus gros émetteurs historiques de CO₂ au monde et le deuxième émetteur actuel derrière la Chine.

Émissions actuelles

En 2024, les États-Unis ont émis environ 5,1 milliards de tonnes de CO₂ équivalent, soit environ 11 % des émissions mondiales. C'est moins que la Chine (27 %), mais plus que l'Union européenne (7 %) ou l'Inde (6,6 %). En émissions par habitant, les États-Unis restent loin devant : environ 15 tonnes de CO₂ par personne et par an, contre 7 tonnes en moyenne mondiale.

Responsabilité historique

Entre 1850 et 2023, les États-Unis sont responsables de 24 % des émissions cumulées de CO₂ d'origine fossile, selon le Global Carbon Project. Aucun pays n'a autant contribué au stock de gaz à effet de serre accumulé dans l'atmosphère. Cette responsabilité historique est au cœur du principe de « responsabilités communes mais différenciées » inscrit à la CCNUCC depuis 1992.

Trajectoire actuelle

Malgré l'IRA de Biden, les émissions américaines n'ont baissé que de 0,2 % en 2024. Elles restent environ 20 % en dessous de leur niveau de 2005 — le référentiel des engagements américains — mais l'objectif de réduction de 50 à 52 % d'ici 2030 apparaît désormais hors de portée. Avec la politique pro-fossiles de l'administration Trump (relance du charbon, expansion du forage offshore, assouplissement des normes d'émission automobiles), la tendance pourrait même s'inverser.

Les conséquences géopolitiques : un monde climatique fracturé

Le retrait américain ne se limite pas à un bilan carbone. Il redessine les rapports de force dans la diplomatie climatique mondiale.

L'effet « nivellement par le bas »

C'est la crainte principale des observateurs. Quand le deuxième émetteur mondial quitte la table, quel signal envoie-t-il aux pays qui hésitent encore à renforcer leurs engagements ? Amnesty International a alerté sur le risque d'un « nivellement par le bas » : des pays comme l'Arabie saoudite, la Russie ou l'Australie pourraient s'engouffrer dans la brèche pour revoir leurs ambitions à la baisse.

La crédibilité même du système d'engagements volontaires (les NDC) est en jeu. Si la première puissance mondiale peut entrer et sortir de l'accord au gré des alternances électorales, pourquoi les autres tiendraient-ils parole ?

Réaction de l'Union européenne

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a réaffirmé que l'Accord de Paris « demeure le meilleur espoir de l'humanité » et que l'Europe « gardera le cap ». L'UE maintient ses objectifs de réduction de 55 % d'ici 2030 (Fit for 55) et de neutralité carbone d'ici 2050. Le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF), entré en vigueur en 2023, prend une dimension stratégique nouvelle : il pourrait servir de levier pour maintenir la pression sur les importations américaines à forte intensité carbone.

Position de la Chine

Pékin a joué la carte de la responsabilité. La Chine, premier émetteur mondial mais aussi premier investisseur dans les énergies renouvelables, a confirmé ses NDC révisées avant la COP30. Le message diplomatique est clair : en l'absence des États-Unis, la Chine se positionne comme le partenaire incontournable de la coopération climatique internationale. Un rôle que l'UE et les pays en développement acceptent avec un mélange de pragmatisme et d'inquiétude.

Les pays en développement

Pour les pays les plus vulnérables au changement climatique — petits États insulaires, pays africains, Asie du Sud —, le retrait américain est un coup dur. Non seulement parce qu'il affaiblit l'ambition globale, mais surtout parce qu'il menace directement le financement climatique dont ils dépendent pour s'adapter.

L'impact financier : le Fonds vert amputé

Le retrait du Fonds vert pour le climat (Green Climate Fund) est peut-être la conséquence la plus immédiate et la plus concrète du désengagement américain.

Les chiffres du Fonds vert

Le GCF est le principal mécanisme multilatéral de financement climatique pour les pays en développement. Lors de sa seconde reconstitution (GCF-2, 2024-2027), 34 pays avaient promis un total de 13,62 milliards de dollars. Les États-Unis sous Biden s'étaient engagés sur 3 milliards de dollars — le plus gros contributeur.

En 2024, le Fonds avait approuvé 44 nouveaux projets pour un montant de 2,5 milliards de dollars. Avec le retrait américain, ce sont 3 milliards qui ne seront jamais versés. Un trou béant que les autres contributeurs — Europe, Japon, Canada — auront du mal à combler.

Au-delà du Fonds vert

L'administration Trump a également gelé ou supprimé les financements fédéraux alloués à l'aide climatique bilatérale, estimés à environ 5 milliards de dollars par an sous Biden. Les agences comme l'USAID, qui financent des projets d'adaptation dans les pays vulnérables, voient leurs budgets amputés. L'objectif collectif de mobiliser 1 300 milliards de dollars par an d'ici 2035, validé à la COP30 de Belém, s'éloigne encore un peu plus.

Ce que dit la science : les scénarios du pire

Le GIEC est formel dans son sixième rapport de synthèse : pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, les émissions mondiales de CO₂ doivent baisser de 43 % d'ici 2030 par rapport à 2019, et atteindre le « net zéro » autour de 2050.

Trajectoire sans les États-Unis

Selon le Climate Action Tracker, les politiques actuelles de l'administration Trump placent les États-Unis sur une trajectoire de réchauffement de 3 à 4 °C d'ici la fin du siècle, si tous les pays adoptaient le même niveau d'ambition. Sans les engagements américains, le budget carbone mondial restant pour 1,5 °C — environ 250 milliards de tonnes de CO₂ — sera épuisé avant 2030.

Les conséquences concrètes

Chaque dixième de degré supplémentaire a des effets mesurables. À 2 °C de réchauffement au lieu de 1,5 °C, ce sont 420 millions de personnes supplémentaires exposées à des canicules extrêmes, 10 millions de personnes de plus touchées par la montée des eaux, et la quasi-totalité des récifs coralliens détruits.

La France et l'Europe : que peut-on faire ?

Face au retrait américain, la France et l'Union européenne disposent de plusieurs leviers.

Maintenir l'ambition

Le premier impératif est de ne pas baisser les bras. La Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) et la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE 2026-2035) fixent un cap clair pour la France. L'UE doit maintenir la pression via ses objectifs Fit for 55 et son Green Deal industriel.

Utiliser le MACF comme levier commercial

Le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières permet de taxer les importations en provenance de pays moins ambitieux sur le climat. Si les États-Unis démantèlent leurs réglementations environnementales, leurs exportations vers l'Europe seront mécaniquement plus taxées. Un outil de rééquilibrage concurrentiel et climatique.

Renforcer les coalitions alternatives

La High Ambition Coalition, qui regroupe plus de 100 pays (UE, petits États insulaires, pays africains), reste le fer de lance de l'ambition climatique. La France doit renforcer ses partenariats bilatéraux avec la Chine, l'Inde et le Brésil sur le climat.

Soutenir les acteurs américains non fédéraux

Paradoxalement, le retrait fédéral ne signifie pas que tous les États-Unis abandonnent le climat. La coalition « We Are Still In », qui regroupe des États (Californie, New York), des villes (plus de 400), des entreprises et des universités représentant plus de 50 % du PIB américain, maintient des engagements alignés sur Paris. La Californie, à elle seule, serait la cinquième économie mondiale — et son cadre réglementaire environnemental n'a pas changé.

Un accord affaibli, mais pas mort

Le retrait américain est un coup dur. Il fragilise l'architecture climatique mondiale, ampute le financement, et envoie un signal désastreux. Mais l'Accord de Paris n'est pas mort. Les 194 parties restantes représentent toujours plus de 85 % des émissions mondiales couvertes par des engagements. La Chine et l'UE ont réaffirmé leurs NDC. La dynamique des renouvelables — solaire, éolien — ne dépend plus des subventions fédérales américaines mais d'une logique économique irréversible.

L'histoire du premier retrait (2017-2020) montre que ces revirements ne sont pas forcément permanents. Mais compter sur une future administration démocrate pour réintégrer l'accord, c'est jouer à la roulette avec le budget carbone de l'humanité. Le vrai enjeu est ailleurs : il faut que chaque tonne de CO₂ non réduite par les États-Unis soit compensée par une accélération partout ailleurs. Un défi colossal, mais pas impossible — à condition que l'Europe assume le leadership que Washington vient de déserter.

Sources

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