Le décret n° 2026-16 du 15 janvier 2026 étend la réglementation environnementale RE2020 aux bâtiments industriels, artisanaux, commerciaux et tertiaires spécifiques. Tout permis de construire ou déclaration préalable déposé à partir du 1er mai 2026 devra respecter les cinq exigences fondatrices de la RE2020. Pour les PME et artisans qui construisent ou font construire leurs locaux, c'est une rupture réglementaire majeure — et un chantier de mise à niveau.
La RE2020 était jusqu'ici réservée aux bâtiments d'habitation (depuis janvier 2022) et aux bureaux et enseignement (depuis juillet 2022). Son extension au secteur industriel et artisanal comble une lacune importante : ces bâtiments représentent une part significative des nouvelles constructions et de la consommation énergétique du secteur tertiaire.
Ce que couvre le décret du 15 janvier 2026
Le décret n° 2026-16 identifie 13 nouvelles catégories de bâtiments désormais soumis à la RE2020. Parmi elles :
- Les bâtiments industriels et artisanaux (ateliers, entrepôts, hangars de production)
- Les bâtiments commerciaux (surfaces de vente, grandes et moyennes surfaces)
- Les hôtels et hébergements touristiques
- Les établissements de santé (cliniques, maisons de santé)
- Les bâtiments universitaires et d'enseignement supérieur
- Les aérogares et bâtiments de transport
Pour les entreprises artisanales et industrielles, c'est la première fois qu'une réglementation thermique de ce niveau s'applique à leurs constructions neuves. La RT2012 imposait déjà des exigences énergétiques, mais sans les volets carbone qui distinguent la RE2020.
Les exclusions prévues
Le décret prévoit plusieurs cas d'exclusion :
- Les extensions dont la surface est inférieure à 150 m² et représente moins de 30 % de la surface existante
- Les constructions temporaires
- Les bâtiments de très petite surface
- Les bâtiments soumis à des contraintes techniques spécifiques (process industriels incompatibles avec les exigences thermiques standard)
Ces exclusions ont été négociées pour éviter de bloquer des travaux d'adaptation ou d'agrandissement limités, qui représentent la majorité des projets des PME.
Les cinq exigences de résultat de la RE2020
La RE2020 repose sur cinq exigences de résultat que tout bâtiment neuf concerné devra respecter :
1. Performance énergétique du bâti (Bbio)
Le besoin bioclimatique (Bbio) mesure la performance intrinsèque du bâtiment, indépendamment des systèmes énergétiques. Il prend en compte les besoins de chauffage, de refroidissement et d'éclairage naturel. Pour les bâtiments industriels, des coefficients spécifiques seront définis par arrêté, tenant compte des contraintes de process (besoins de ventilation élevés, présence de sources de chaleur internes).
2. Consommation d'énergie primaire (Cep)
La consommation d'énergie primaire maximale est fixée par type de bâtiment. Les bâtiments industriels pourront bénéficier de modulations selon leur activité, mais devront démontrer une sobriété dans les usages bâtimentaires (chauffage, éclairage, eau chaude sanitaire), distincts des consommations de process.
3. Empreinte carbone liée à l'énergie (Ic énergie)
Cette exigence, absente de la RT2012, mesure les émissions de gaz à effet de serre liées aux consommations énergétiques du bâtiment. Le choix du vecteur énergétique (électricité, gaz, fioul) a un impact direct. La RE2020 favorise mécaniquement les solutions décarbonées comme les pompes à chaleur ou le raccordement aux réseaux de chaleur.
4. Empreinte carbone des matériaux et équipements (Ic construction)
L'analyse en cycle de vie (ACV) des matériaux de construction intègre désormais le calcul réglementaire. Pour les bâtiments industriels, les matériaux de structure (béton, acier, bois) et d'enveloppe (bardage, isolation) sont concernés. Les entreprises devront travailler avec des maîtres d'œuvre capables de produire des fiches de déclaration environnementale et sanitaire (FDES) pour les matériaux utilisés.
5. Confort thermique estival
La RE2020 introduit un indicateur de degrés-heures d'inconfort (DH) estival, qui mesure la capacité du bâtiment à maintenir des conditions acceptables sans recours à la climatisation. Pour les bâtiments industriels, les enjeux sont particulièrement importants : les locaux à forte densité d'équipements ou de personnel peuvent devenir rapidement invivables en été si l'enveloppe n'est pas conçue pour limiter les surchauffes.
L'impact concret pour les PME et artisans
Pour une PME ou un artisan qui projette de construire un nouveau local d'activité à partir de mai 2026, les implications sont concrètes et multiples.
Un surcoût de conception à anticiper
La RE2020 impose le recours à des outils de simulation thermique dynamique et d'ACV qui n'étaient pas systématiques pour les bâtiments industriels. Le coût de maîtrise d'œuvre augmente, notamment pour les bureaux d'études thermiques (BET) qui devront se former aux nouvelles exigences.
Selon les premières estimations publiées par des cabinets spécialisés, le surcoût de construction lié à la RE2020 pour les bâtiments industriels est estimé entre 3 % et 8 % par rapport à une construction RT2012, variable selon le niveau d'exigence du projet et les solutions retenues.
Des bénéfices sur le long terme
En contrepartie, les bâtiments conformes RE2020 présentent des factures énergétiques significativement réduites. Dans un contexte de prix de l'énergie élevés et volatils, l'investissement initial dans une enveloppe performante et des équipements économes présente un retour sur investissement attractif sur 10 à 20 ans.
Les bâtiments à faible empreinte carbone et haute performance énergétique sont également mieux valorisés à la revente ou à la location — un critère de plus en plus pris en compte par les investisseurs et les fonds immobiliers qui gèrent les parcs de locaux d'activité.
Les aides disponibles
Plusieurs dispositifs d'aide peuvent atténuer l'impact du surcoût pour les PME :
- MaPrimeRénov' Industrie : aide à la rénovation thermique des locaux existants (pas directement applicable aux constructions neuves, mais utile pour les entreprises qui rénovent leur parc).
- Prêts verts de Bpifrance : financements bonifiés pour les projets de construction ou rénovation à haute performance environnementale.
- Certificats d'économie d'énergie (CEE) : les entreprises énergétiques financent des travaux d'efficacité énergétique dans les entreprises.
Un calendrier serré pour les bureaux d'études
L'arrêté d'application du décret, qui fixera les valeurs limites par type de bâtiment, n'était pas encore publié en début d'année 2026. Le délai entre la publication du décret (15 janvier) et la date d'entrée en vigueur (1er mai) est de moins de quatre mois — un délai que les professionnels du secteur jugent très court pour adapter leurs pratiques et leurs outils logiciels.
Les organismes professionnels de l'ingénierie et de la construction (CINOV, SYNTEC Ingénierie, FFB) ont demandé au gouvernement de clarifier rapidement les valeurs cibles et les modalités de calcul pour les bâtiments industriels.
Le contexte : décarboner le secteur du bâtiment
Le secteur du bâtiment représente en France environ 44 % de la consommation d'énergie finale et 23 % des émissions de gaz à effet de serre. Les bâtiments industriels et commerciaux neufs n'avaient jusqu'ici pas de contrainte carbone, ce qui créait une asymétrie réglementaire entre le résidentiel et le tertiaire.
L'extension de la RE2020 à ces typologies s'inscrit dans la trajectoire de la politique énergétique française 2026-2035 et dans les engagements de la France au titre de la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments (DPEB, refonte 2024), qui impose des niveaux de performance croissants pour toutes les nouvelles constructions.
L'objectif à terme est que les bâtiments neufs deviennent des bâtiments à énergie positive (BEPOS) — c'est-à-dire qu'ils produisent plus d'énergie qu'ils n'en consomment, grâce notamment aux installations photovoltaïques en toiture. La RE2020 est une étape sur ce chemin.
Sources
- Riviera Avocats, RE2020 - Elargissement à de nouveaux usages - Décret n° 2026-16 du 15 janvier 2026
- NRGYS, RE2020 au 1er mai 2026 : Elargissement aux bâtiments tertiaires santé, industriels et commerciaux
- Ordre des architectes, RE2020 : de nouveaux bâtiments concernés à partir du 1er mai 2026
- Ideal Investisseur, La RE2020 étendue à 13 nouvelles catégories de bâtiments



