La qualité de l'air s'améliore en France, mais les normes réglementaires pour la protection de la santé humaine ne sont toujours pas respectées partout. Dioxyde d'azote, particules fines, ozone : où en est réellement chaque grande ville française ? Décryptage ville par ville, chiffres à l'appui.
L'amélioration générale : un constat nuancé
Les stratégies et plans d'action mis en œuvre depuis plusieurs années dans différents secteurs d'activité portent leurs fruits. Les rejets de polluants se réduisent, la qualité de l'air s'améliore globalement. Le Conseil d'État a même constaté en 2024 que les mesures prises pour respecter les seuils de pollution avaient produit des résultats tangibles.
Pourtant, le tableau reste contrasté. Les normes réglementaires fixées pour la protection de la santé humaine ne sont toujours pas respectées dans certaines zones, en particulier pour trois polluants : le dioxyde d'azote (NO2), les particules de diamètre inférieur ou égal à 10 micromètres (PM10) et l'ozone (O3).
De nombreuses villes, notamment dans le nord de la France, affichent des niveaux de pollution plus élevés tout au long de l'année, avec des concentrations élevées de polluants comme le NO2. Les émissions des voitures et des camions jouent un rôle majeur dans ce phénomène.
Paris : baisse spectaculaire mais dépassements résiduels
La capitale francilienne a enregistré des progrès remarquables ces dernières années. Entre 2012 et 2022, l'exposition des Parisiens aux niveaux de pollution au dioxyde d'azote a baissé en moyenne de 40 %. Pour les particules fines PM2,5, le niveau d'exposition a diminué de 28 % sur la même période.
Ces améliorations résultent principalement de la mise en place de la Zone à Faibles Émissions (ZFE), du développement du réseau de transport en commun et de l'essor du vélo en ville.
Situation actuelle et projections
Selon les estimations les plus récentes d'Airparif, pour la zone urbaine de Paris :
- 2024 : trois stations de mesures en situation de dépassement des seuils réglementaires pour le NO2
- 2025 : deux stations encore concernées
- 2026 : plus aucune station en dépassement (projection)
Le respect des normes européennes sur l'ensemble du territoire parisien pourrait donc être atteint dès 2026 pour le dioxyde d'azote. Toutefois, les pics de pollution à l'ozone restent préoccupants lors des épisodes de fortes chaleurs.
Lyon : la ville la plus polluée de France
Lyon occupe la première place du classement des villes françaises les plus polluées, selon le classement de Bonheur et santé. La métropole lyonnaise connaît régulièrement des pics de pollution record, avec des taux très élevés de particules fines dans l'air.
Facteurs aggravants
La situation lyonnaise s'explique par plusieurs facteurs cumulés :
- La vallée de la chimie au sud de la ville, qui concentre de nombreux sites industriels fortement polluants
- La configuration topographique de la ville (cuvette), qui favorise la stagnation des polluants atmosphériques
- Le trafic routier intense, notamment sur les axes autoroutiers qui traversent l'agglomération
Les sites industriels de la vallée de la chimie, dont certains produisent des composés fluorés et d'autres substances chimiques, contribuent significativement aux émissions locales de polluants atmosphériques. Cette zone est aussi au cœur de la contamination aux PFAS qui touche le sud lyonnais.
ZFE métropolitaine
Pour répondre à cette situation critique, la métropole de Lyon a renforcé sa Zone à Faibles Émissions. En 2026, les véhicules les plus polluants (Crit'Air 4 et 5) sont interdits dans le périmètre de la ZFE, qui s'étend progressivement.
Marseille : la pollution maritime aggrave le tableau
Marseille figure parmi les villes les moins bien classées en termes de qualité de l'air. En plus de la pollution classique liée au transport routier, la cité phocéenne connaît de forts taux de pollution liés au transport maritime.
Le poids du port
Le Grand Port Maritime de Marseille est le premier port de France et le deuxième de Méditerranée. Les navires de croisière et les cargos qui y font escale émettent d'importantes quantités d'oxydes d'azote (NOx) et de particules fines, notamment lors des phases d'accostage et de déchargement.
Les incidents liés aux carburants, qu'il s'agisse de fuites ou de rejets accidentels, viennent également ponctuer l'actualité environnementale marseillaise.
Actions locales
La Métropole Aix-Marseille-Provence a mis en place un réseau de surveillance atmosphérique dense et renforce progressivement les mesures de restriction de circulation dans les zones les plus exposées. Le branchement électrique des navires à quai (alimentation à quai ou « cold ironing ») fait partie des solutions explorées pour réduire les émissions portuaires.
Lille : l'influence du bassin industriel nordiste
Lille et sa métropole font partie des agglomérations françaises les plus polluées. La région Hauts-de-France, historiquement marquée par l'activité industrielle, concentre de nombreuses sources d'émissions de polluants atmosphériques.
Le trafic routier dense, la densité urbaine élevée et la présence d'industries lourdes dans le bassin lillois contribuent aux niveaux de NO2 et de particules fines mesurés par Atmo Hauts-de-France.
La ZFE de la Métropole Européenne de Lille s'applique depuis 2022 et se durcit progressivement. En 2026, les véhicules Crit'Air 4 et non classés sont interdits de circulation dans la zone métropolitaine.
Grenoble : les particularités d'une cuvette alpine
Grenoble, située dans une cuvette alpine, connaît régulièrement des épisodes de pollution aux particules fines, notamment en hiver. La configuration géographique de l'agglomération (entourée de montagnes) favorise la stagnation des polluants atmosphériques lors des inversions thermiques.
L'agglomération grenobloise a été pionnière en France dans la mise en place d'une ZFE, dès 2017. Les résultats sont encourageants, avec une baisse mesurable des niveaux de NO2 en zone urbaine dense.
Bordeaux, Nice, Reims, Le Havre : points de vigilance
Plusieurs autres grandes villes françaises figurent dans les listes de vigilance pour la qualité de l'air :
- Bordeaux : première du classement des villes les moins bien notées selon certaines études, en raison d'un trafic routier important et d'une urbanisation croissante
- Nice : pollution liée au trafic routier et à la densité urbaine sur un espace contraint entre mer et montagne
- Reims : activité viticole et industrielle, trafic autoroutier
- Le Havre : activités portuaires et industrielles, trafic maritime
Toutes ces villes sont concernées par l'obligation de mise en place de ZFE d'ici 2026, conformément à la loi Climat et Résilience de 2021.
Les ZFE : 42 villes concernées en 2026
La vignette Crit'Air devient obligatoire en 2026 dans 42 villes françaises, dans le cadre du déploiement des Zones à Faibles Émissions. Ces zones visent à réduire la circulation des véhicules les plus polluants dans les agglomérations de plus de 150 000 habitants.
Les villes concernées incluent notamment Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Lille, Nice, Nantes, Strasbourg, Montpellier, Grenoble, Rennes, Rouen, Toulon et Reims.
Les restrictions varient selon les agglomérations, mais suivent généralement un calendrier d'interdiction progressive des vignettes Crit'Air les plus élevées (5, 4, puis 3).
Les polluants sous surveillance
Dioxyde d'azote (NO2)
Le NO2 provient principalement de la combustion des carburants fossiles dans les moteurs des véhicules, notamment diesel. C'est un gaz à effet de serre indirect, irritant pour les voies respiratoires, qui contribue à la formation d'ozone troposphérique et de particules secondaires.
Les normes européennes fixent une valeur limite annuelle à 40 microgrammes par mètre cube (µg/m³). Plusieurs villes françaises dépassent encore ce seuil sur certaines stations de mesures, notamment en proximité du trafic routier.
Particules fines (PM10 et PM2,5)
Les particules en suspension dans l'air sont classées selon leur diamètre :
- PM10 : particules de diamètre inférieur à 10 micromètres
- PM2,5 : particules de diamètre inférieur à 2,5 micromètres (particules fines)
Les PM2,5 sont particulièrement dangereuses pour la santé car elles pénètrent profondément dans les voies respiratoires et peuvent atteindre les alvéoles pulmonaires. Elles sont associées à une augmentation des pathologies cardiovasculaires et respiratoires.
Ozone (O3)
L'ozone troposphérique (à basse altitude) se forme par réaction chimique entre les oxydes d'azote et les composés organiques volatils sous l'effet du rayonnement solaire. Les pics d'ozone surviennent donc principalement lors des épisodes de fortes chaleurs estivales.
Contrairement aux autres polluants, l'ozone est souvent plus concentré en zones périurbaines et rurales qu'en centre-ville, du fait du temps nécessaire aux réactions photochimiques.
Cartographie nationale : des outils pour suivre la pollution
L'Ineris (Institut national de l'environnement industriel et des risques) a cartographié la qualité de l'air en France métropolitaine de 2000 à aujourd'hui. Ces cartes permettent de visualiser l'évolution spatiale et temporelle des concentrations de polluants sur l'ensemble du territoire.
Les Associations Agréées de Surveillance de la Qualité de l'Air (AASQA), regroupées au sein de la fédération Atmo France, publient quotidiennement des indices de qualité de l'air pour chaque région. Ces données sont accessibles en temps réel sur les sites internet des AASQA régionales (Airparif pour l'Île-de-France, Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, Atmo Hauts-de-France, etc.).
Des plateformes comme IQAir et AQICN proposent également des cartes interactives mondiales de qualité de l'air en temps réel, avec un niveau de détail ville par ville.
Les impacts sanitaires de la pollution atmosphérique
Selon Santé publique France, la pollution de l'air est responsable chaque année de dizaines de milliers de décès prématurés en France. L'exposition chronique aux particules fines est associée à une augmentation des pathologies cardiovasculaires, respiratoires et des cancers du poumon.
Les populations les plus vulnérables (enfants, personnes âgées, personnes atteintes de pathologies respiratoires ou cardiovasculaires chroniques) sont particulièrement sensibles aux variations de la qualité de l'air.
Les épisodes de pollution aigus peuvent déclencher des crises d'asthme, des troubles respiratoires et des hospitalisations. Les effets à long terme de l'exposition chronique, même à des niveaux modérés de pollution, sont désormais bien documentés par la littérature scientifique internationale.
Quelles perspectives pour la qualité de l'air en France ?
Les perspectives d'amélioration reposent sur plusieurs leviers :
- Le durcissement progressif des ZFE, avec l'exclusion des véhicules les plus polluants
- Le développement de la mobilité électrique et des transports en commun, soutenu par la montée en puissance des énergies renouvelables
- La réduction des émissions industrielles par application de la directive européenne sur les émissions industrielles
- L'encouragement des mobilités douces (vélo, marche)
- La végétalisation urbaine, qui contribue à l'absorption locale de certains polluants
Les objectifs fixés par la directive européenne sur la qualité de l'air ambiant imposent aux États membres de respecter des valeurs limites pour plusieurs polluants. La France fait l'objet d'une procédure d'infraction de la Commission européenne pour dépassement persistant des valeurs limites de NO2 dans plusieurs agglomérations.
FAQ
Quelle est la ville française la plus polluée en 2026 ?
Lyon occupe la première place du classement des villes les plus polluées de France, devant Bordeaux, Paris, Lille et Marseille, en raison notamment de la présence de sites industriels dans la vallée de la chimie — egalement epicentre de la contamination aux PFAS — et de sa configuration topographique.
Les ZFE sont-elles vraiment efficaces ?
Les premières évaluations menées à Grenoble et Paris montrent une baisse significative des niveaux de NO2 dans les zones concernées. L'efficacité dépend de l'accompagnement des mesures (développement des transports en commun, aides à la conversion).
Peut-on consulter la qualité de l'air en temps réel ?
Oui, les sites des AASQA régionales (Airparif, Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, etc.) proposent des indices journaliers et des prévisions. Les plateformes IQAir et AQICN offrent des cartes mondiales en temps réel.
Les particules fines sont-elles dangereuses même à faible concentration ?
Oui. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a abaissé en 2021 ses lignes directrices pour les PM2,5, considérant qu'il n'existe pas de seuil en dessous duquel l'exposition serait sans effet sur la santé.
Que faire lors d'un pic de pollution ?
Il est recommandé de limiter les activités physiques intenses en extérieur, de ventiler son logement aux heures les moins polluées (matin et soir), de privilégier les transports en commun et de reporter les trajets non essentiels en voiture.
Sources
- État de la qualité de l'air à Paris - Ville de Paris
- Indice de Qualité de l'Air France - IQAir
- Pollution de l'air en France - AQICN
- La pollution de l'air extérieur en France - Bilan environnemental 2024
- Amélioration de la qualité de l'air à Paris entre 2012 et 2022 - Airparif
- Bilans et cartes annuels de pollution - Airparif
- Qualité de l'air : le Conseil d'État constate les résultats - Conseil d'État
- Qualité de l'air cartographiée en France - Ineris
- Classement des villes les plus polluées de France - MMJ
- Villes françaises où respirer de l'air pur en 2025 - R-PUR
- 42 villes où la vignette Crit'Air sera obligatoire en 2026 - CNews



