80,7 %. C'est la part d'électricité d'origine renouvelable produite au Portugal en janvier 2026, selon les données publiées par l'APREN (Associação Portuguesa de Energias Renováveis). Un record européen pour un mois calendaire complet, qui dépasse les précédents sommets du pays et s'impose comme le résultat le plus marquant du continent depuis le début de l'année. Pendant ce temps, la France débat encore de son PPE 3. L'écart entre les deux pays mérite un examen attentif.
Les chiffres : 80,7 % et ce qu'ils recouvrent#
Selon les derniers chiffres de l'APREN, la production d'électricité renouvelable portugaise en janvier 2026 se décompose en trois piliers :
- L'éolien : première source, avec environ 40 % de la production totale. Le Portugal dispose d'un parc éolien mature, développé sur plus de vingt ans, tirant parti de la façade atlantique — l'une des plus ventées d'Europe.
- L'hydraulique : deuxième contributeur, autour de 28-30 %, dopé par les précipitations importantes de janvier 2026 sur la péninsule Ibérique. Les barrages du Douro et du Tage jouent le rôle d'accumulateurs d'énergie naturels.
- Le solaire photovoltaïque : troisième pilier, en forte progression, avec une part avoisinant 10 à 12 % sur le mois. La capacité installée a doublé entre 2022 et 2025 au Portugal, portée par les appels d'offres gouvernementaux et la baisse des coûts des modules.
Ce que les chiffres ne disent pas : janvier est structurellement favorable au Portugal. L'hydraulicité est haute en hiver, l'éolien est puissant, et la demande électrique est soutenue mais sans les pics de climatisation de l'été. Le chiffre de 80,7 % ne sera probablement pas reproduit en juillet. Il reste néanmoins représentatif d'une tendance de fond : la moyenne annuelle renouvelable du Portugal dépasse 60 % depuis 2017, et s'approche de 70 % sur les meilleures années. C'est une tendance, pas un accident de calendrier.
La trajectoire portugaise : vingt ans de choix industriels#
L'enquête révèle que le Portugal n'a pas attendu l'urgence climatique pour faire ses paris énergétiques. Dès le milieu des années 2000, face à une dépendance quasi totale aux importations d'hydrocarbures (le pays ne produit pratiquement pas de pétrole ni de gaz), Lisbonne a lancé des politiques d'investissement massif dans l'éolien terrestre et l'hydraulique, avec des tarifs de rachat garantis et des appels d'offres structurés.
Ce choix avait alors une logique avant tout économique : réduire la facture des importations énergétiques. L'argument climatique est venu renforcer une décision qui était d'abord stratégique et financière. C'est une nuance importante : la transition portugaise n'est pas né d'un élan idéologique, mais d'une contrainte géopolitique transformée en avantage compétitif.
En 2025, le Portugal exporte régulièrement de l'électricité vers l'Espagne lors des pics de production renouvelable. Le pays est passé en une génération d'importateur structurel d'énergie à exportateur occasionnel — une transformation radicale de son bilan énergétique.
La comparaison France-Portugal : deux modèles, deux choix#
Selon les derniers chiffres de RTE, la France a produit en 2024 environ 27,6 % de son électricité à partir de sources renouvelables, contre 80,7 % au Portugal en janvier 2026. L'écart est saisissant. Il s'explique par des choix structurels profondément différents.
| Indicateur | France (2024) | Portugal (jan. 2026) |
|---|---|---|
| Part renouvelable électricité | 27,6 % | 80,7 % |
| Part nucléaire | ~65 % | 0 % |
| Intensité carbone mix (gCO₂/kWh) | ~21 | ~30-35 |
| Dépendance importations fossiles | Faible | Historiquement forte |
Ce tableau appelle une lecture nuancée. La France, grâce à son parc nucléaire, affiche une intensité carbone de son mix électrique parmi les plus faibles d'Europe — inférieure à celle du Portugal, dont l'hydraulique dépend de la pluviométrie et dont le solaire et l'éolien nécessitent du gaz en appoint lors des creux de production.
Autrement dit : le Portugal produit beaucoup de renouvelables, mais doit encore s'appuyer sur des centrales à gaz pour équilibrer son réseau les jours sans vent ni pluie. La France, elle, a un mix bas-carbone quasi permanent grâce au nucléaire — mais qui dépend d'un parc vieillissant et d'une relance industrielle (EPR2) dont les délais et les coûts inquiètent.
Ces deux modèles posent la même question sous des angles différents : comment garantir une électricité décarbonée, abordable et disponible en permanence, sans dépendance aux énergies fossiles ?
Les leçons pour la transition européenne#
L'enquête révèle plusieurs enseignements du modèle portugais qui méritent d'être extraits du seul contexte ibérique.
Premier enseignement : la stabilité réglementaire paye. Le Portugal a maintenu pendant deux décennies un cadre de soutien aux renouvelables relativement stable, évitant les à-coups réglementaires qui ont freiné le développement éolien en France dans les années 2010 (moratoires, recours, délais d'instruction).
Deuxième enseignement : la géographie compte, mais pas autant qu'on le croit. Certes, le Portugal bénéficie d'un ensoleillement supérieur à la France du Nord, et d'une façade atlantique favorable à l'éolien. Mais l'Allemagne, moins bien dotée géographiquement, atteint des parts renouvelables supérieures à 60 % certains trimestres. La ressource naturelle est un avantage, pas une condition.
Troisième enseignement : l'interconnexion est un multiplicateur. Le Portugal ne serait pas capable de gérer seul 80 % de renouvelables sans le réseau ibérique et les interconnexions vers la France et l'Allemagne. La neutralité carbone française à l'horizon 2050 dépendra elle aussi de la capacité du réseau européen à absorber les surplus et les creux de production renouvelable à l'échelle continentale.
Quatrième enseignement : le coût de la transition est récupérable. Les factures d'électricité portugaises restent comparables à la moyenne européenne, malgré les investissements massifs des années 2000-2010. La promesse que les renouvelables renchérissent structurellement l'énergie ne s'est pas vérifiée dans ce cas.
Ce que le record portugais change (ou ne change pas) pour la France#
La publication de la PPE 3 française en février 2026 acte un choix différent : le pays mise sur un mix nucléaire-renouvelables à horizon 2035, avec environ 70 % de nucléaire et 20 à 25 % de renouvelables. Les énergies renouvelables françaises progressent, mais sur une trajectoire plus modérée que ses voisins ibériques ou germaniques.
Ce choix a une logique propre : l'indépendance énergétique, l'intensité carbone faible, la maîtrise des coûts de réseau. Mais il repose sur des hypothèses qui méritent d'être challengées : la disponibilité des EPR2 dans les délais prévus (aucun EPR de deuxième génération n'a encore été livré dans les temps en Europe), le coût final des nouveaux réacteurs (estimé entre 10 et 13 milliards d'euros par unité selon la Cour des comptes), et la capacité industrielle française à tenir le calendrier.
Le record portugais ne démontre pas que la France devrait abandonner le nucléaire. Il démontre qu'il existe plusieurs chemins vers un mix électrique décarboné — et que les pays qui ont parié tôt, fort et de façon cohérente sur les renouvelables ont aujourd'hui une longueur d'avance réelle, mesurable en mégawattheures et en factures d'importation évitées.
Les prochaines étapes pour le Portugal#
Atteindre 80 % de renouvelables en janvier est une chose. Tenir une moyenne annuelle de 80 % en est une autre — et c'est l'objectif que Lisbonne s'est fixé pour 2026-2027. Pour y parvenir, le pays investit massivement dans le stockage par batterie et dans l'extension des capacités de pompage-turbinage hydraulique, qui permettent de stocker les excédents renouvelables pour les restituer lors des creux.
L'enquête révèle également que le Portugal développe ses premières capacités d'éolien offshore flottant, en partenariat avec des consortiums espagnols et norvégiens. Ces technologies, encore onéreuses, pourraient permettre d'exploiter les ressources du large atlantique dans les années 2030, poussant la capacité renouvelable bien au-delà des 80 % sur base annuelle.
Un signal à suivre pour le mix énergétique français en 2026 : l'avenir appartient peut-être moins au choix entre nucléaire et renouvelables qu'à la capacité à combiner flexibilité, stockage et interconnexion à l'échelle continentale. Le Portugal, avec ses 80,7 % de janvier, a montré que c'est possible. Il reste à démontrer que c'est durable.
Sources#
- APREN (Associação Portuguesa de Energias Renováveis), « Produção de eletricidade em Portugal — janeiro 2026 », février 2026
- Leaflet Transportation Environmental News Highlights, « Renewable energy records — February 18, 2026 edition »
- RTE, « Bilan électrique annuel 2024 — mix énergétique français »
- Agence internationale de l'énergie (AIE), « Portugal — Energy Policy Review 2025 »
- Cour des comptes française, « Les coûts du programme nucléaire — rapport 2025 »
- REN (Redes Energéticas Nacionais), données de production mensuelle Portugal, janvier 2026



