Les météorologues ont sorti les archives. La séquence pluvieuse qui a frappé une large partie de la France entre janvier et février 2026 constitue un record depuis 1959 en termes de jours consécutifs de précipitations sur plusieurs bassins versants. Le bilan en cours de consolidation par la Caisse centrale de réassurance (CCR) situe les indemnisations entre 2,5 et 3 milliards d'euros. Les crues de l'Ouest et du Centre ont touché des milliers de foyers. Et maintenant, la facture commence à se répercuter vers les primes d'assurance.
Ce qui s'est passé#
La séquence pluvieuse de 2026 n'est pas un événement isolé. Elle s'inscrit dans une tendance documentée : les événements de précipitations intenses sont plus fréquents dans un climat qui se réchauffe. L'atmosphère plus chaude contient plus de vapeur d'eau, ce qui alimente des épisodes pluvieux plus longs et plus intenses — particulièrement en automne et en hiver sur la façade atlantique française.
Les départements les plus touchés ont inclus des zones déjà identifiées comme vulnérables dans les Plans de Prévention des Risques d'Inondation (PPRI). Mais la durée et l'intensité des précipitations ont également affecté des zones non classées inondables, ou classées à faible risque, ce qui complique les indemnisations et pose la question de la pertinence des cartes de risque actuelles.
Environ 47 % des communes françaises comportent des zones inondables. Près d'un Français sur quatre vit dans ces secteurs. Ces chiffres ne bougent pas vite — mais la réalité du risque, elle, évolue.
La hausse des primes : ce que les assureurs annoncent#
Dès décembre 2025, l'UFC-Que Choisir anticipait une hausse des primes d'assurance habitation de 8 à 11 % pour 2026. Compte tenu de l'ampleur des sinistres enregistrés au premier trimestre, les projections pourraient être revues à la hausse.
La mécanique est connue. L'assurance habitation inclut en France une garantie catastrophe naturelle (CatNat), dont le taux de la surprime est fixé par arrêté interministériel. Jusqu'en 2022, ce taux était resté à 12 % pendant des décennies. Il a été porté à 20 % en 2023, suite aux réformes du régime CatNat. Avec l'accumulation des sinistres climatiques, une nouvelle révision du taux ne peut pas être exclue.
Au-delà du taux réglementé, les assureurs modulent la partie du contrat qui leur est propre : la prime de base hors CatNat. C'est là que les hausses sont les plus visibles pour les propriétaires, particulièrement dans les zones qui accumulent les sinistres.
Ce que ça change concrètement pour les propriétaires#
Trois scénarios se dessinent selon la localisation et l'historique de sinistres du bien.
Les propriétaires en zone non ou peu sinistrée subissent la hausse générale de marché — entre 8 et 11 % — mais leurs contrats ne sont pas remis en cause. La hausse est douloureuse mais le risque de résiliation ou d'exclusion reste limité.
Les propriétaires en zone inondable classifiée ou reclassifiée sont dans une situation plus délicate. Certains assureurs, confrontés à une accumulation de sinistres sur des zones précises, choisissent de ne pas renouveler les contrats ou d'introduire des franchises spéciales élevées. Le Bureau Central de Tarification (BCT) peut être saisi — il oblige un assureur à couvrir un bien, mais ne fixe pas le tarif.
Les propriétaires ayant subi plusieurs sinistres sont les plus exposés. Un historique de sinistres répétés peut conduire à une sur-tarification significative, voire à un refus de couverture pour certaines garanties spécifiques. La résiliation par l'assureur reste réglementée mais possible.
La procédure catastrophe naturelle : ce que les sinistrés doivent faire#
Pour les biens endommagés, le dispositif CatNat prévoit une procédure précise. L'arrêté de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle doit être publié au Journal officiel pour la commune concernée — sans cela, la garantie CatNat ne joue pas. Les délais de publication peuvent prendre plusieurs semaines à plusieurs mois, ce qui génère de l'incertitude pour les sinistrés.
Une fois l'arrêté publié, le délai de déclaration de sinistre est de dix jours. Les propriétaires doivent conserver les preuves des dommages (photos, devis, factures) et solliciter l'intervention d'un expert mandaté par l'assureur. La franchise légale est de 380 euros pour les dommages aux biens dans les habitations.
Le délai d'indemnisation est légalement fixé à trois mois suivant la remise du rapport d'expertise ou la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, selon ce qui est le plus tardif.
Les zones inondables reclassifiées : qui est concerné#
La Direction de la Prévention des Risques révise périodiquement les Plans de Prévention des Risques d'Inondation. La reclassification d'une zone peut avoir des effets importants : modification des normes constructives, contraintes sur les travaux, mais aussi impact sur la valorisation du bien immobilier et sur les conditions d'assurance.
Les propriétaires de biens situés dans des zones dont le risque a évolué sans que les PPRI n'aient été mis à jour sont dans une situation particulièrement incertaine. Les assureurs ont accès à leurs propres données sur les sinistres historiques — des données souvent plus granulaires que les cartes officielles — et peuvent tarifer en conséquence, indépendamment du zonage réglementaire officiel.
Ce que les experts recommandent aux propriétaires#
Premier réflexe : vérifier si sa commune fait l'objet d'un arrêté de catastrophe naturelle sur le site Géorisques (georisques.gouv.fr), qui recense l'ensemble des arrêtés publiés et les zonages de risques.
Deuxième point : ne pas attendre le renouvellement du contrat pour comparer les offres. En cas de sinistre ou de changement de situation de risque, un courtier spécialisé peut identifier des offres alternatives, notamment auprès d'assureurs qui ont une politique de souscription différente sur les zones inondables.
Troisième réalité à intégrer : la tendance de fond n'est pas conjoncturelle. Les primes d'assurance habitation en France ont augmenté de manière continue depuis 2020 sous l'effet cumulé des événements climatiques. Les projections à horizon 2050 sont préoccupantes — certaines études évoquent des hausses de 50 à 200 % dans les zones les plus exposées, avec un risque d'assurabilité réduite pour une partie du parc immobilier.
Ce n'est pas de l'alarmisme spéculatif. C'est la dynamique que le secteur de l'assurance lui-même documente et anticipe dans ses modèles actuariels.
En lien sur ce site#
- Crues de février 2026 : bilan et adaptation climatique
- Zones humides en France : disparition et protection
- Accord de Paris : bilan 10 ans



