Microplastiques dans l'eau potable : état des lieux et solutions en 2026

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La présence de microplastiques dans l'eau que nous buvons quotidiennement est désormais confirmée. Mais quel est vraiment le risque ? Qu'en disent les études récentes ? Et comment s'en protéger ? Décryptage d'une pollution qui suscite de plus en plus d'inquiétude.

Qu'est-ce que les microplastiques ?

Les microplastiques sont des particules de plastique mesurant moins de 5 millimètres. Elles proviennent de la fragmentation de déchets plastiques (sacs, bouteilles, filets de pêche) ou sont volontairement incorporées dans certains produits d'hygiène (microperles de gommage).

En dessous d'une certaine taille (environ 10 micromètres), elles entrent dans une catégorie encore plus préoccupante : les nanoplastiques. Ces particules minuscules peuvent pénétrer les tissus biologiques en profondeur, ce qui en fait un enjeu majeur de santé publique.

La réalité en chiffres

Selon les études disponibles en 2025-2026 :

  • Eau du robinet : environ 413 particules par litre en moyenne (étude Toulouse 2025)
  • Eau en bouteille : entre 50 et 400 particules par litre selon les marques
  • Microplastiques détectables : seulement 2 % des microplastiques actuels sont assez grands pour être mesurés par les méthodes standards

Ce dernier chiffre est particulièrement révélateur : 98 % des microplastiques restent invisibles aux protocoles de détection classiques.

Les études qui font référence

Campagne nationale française (ANSES 2023-2025)

L'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l'Alimentation, de l'Environnement et du Travail a lancé une vaste campagne de surveillance des contaminants émergents auprès de 627 points de distribution en France, couvrant 20 % de l'eau distribuée nationalement. Cette campagne portait notamment sur les PFAS (polluants éternels), tandis que des mesures de microplastiques sont en cours dans le cadre d'études séparées.

Résultats :

  • Présence confirmée de contaminants émergents dans l'ensemble des échantillons
  • Concentrations très variables selon les sources (eau de surface vs. eau souterraine)
  • Les traitements de potabilisation réduisent mais n'éliminent pas totalement la pollution

Étude Toulouse (2025)

Des chercheurs de l'Université de Toulouse et du CNRS ont publié une étude fondatrice : l'analyse comparée de l'eau du robinet et dix marques d'eau en bouteille populaires.

Principaux résultats :

  • L'eau du robinet : 413 particules/L en moyenne
  • 8 marques d'eau en bouteille : contenues en dessous de ce seuil
  • 2 marques d'eau en bouteille : dépassent nettement le seuil
  • Particules moyennes : moins de 20 micromètres (détection difficile)

Remarque : l'étude soulève la problématique des bouteilles en plastique elles-mêmes, qui peuvent libérer des microplastiques — un paradoxe quand on achète de l'eau en plastique pour éviter les contaminants.

Rapport OMS (2024-2025)

L'Organisation Mondiale de la Santé a publié plusieurs analyses pointant que les microplastiques de moins de 10 micromètres sont les plus problématiques, en raison de leur capacité à traverser les barrières biologiques (membrane intestinale, puis bloodstream).

Quels sont les risques sanitaires ?

C'est la question qui divise actuellement la communauté scientifique. La prudence est de rigueur : les risques ne sont pas confirmés à 100 %, mais les signaux d'alerte existent.

Risques théoriques

Inflammation chronique : les microplastiques et leurs additifs chimiques (phtalates, bisphénol A) peuvent triggerer une réaction inflammatoire dans le tube digestif et au-delà.

Bioaccumulation : contrairement aux études anciennes qui supposaient une traversée digestive rapide, des recherches récentes montrent que certaines nanoparticules restent dans l'organisme, s'accumulant dans foie, reins, et même cerveau.

Vecteur de contaminants : les microplastiques fixent et transportent d'autres polluants (PFAS, métaux lourds) — agissant comme des "taxis chimiques" dans le corps.

Consensus actuel

L'ANSES conclut en 2025 que les données actuelles ne permettent pas de tirer des conclusions définitives sur les risques sanitaires. Cependant, elle recommande une approche de précaution : réduire les sources de contamination et développer les capacités de detection.

Solutions de filtration

Filtres domestiques

Carafe filtrante :

  • Efficacité : retient les microplastiques de plus de 40 micromètres
  • Limitation : inefficace contre les nanoplastiques
  • Entretien : changer le filtre tous les 2-3 mois
  • Prix : 10-30 EUR

Filtre sur robinet :

  • Efficacité : 50-60 % des microplastiques (selon le modèle)
  • Avantage : facile à installer, eau filtrée instantanée
  • Limitation : encore inefficace sur les plus petites particules
  • Prix : 20-60 EUR

Osmose inverse domestique :

  • Efficacité : élimine entre 80 et 99 % des microplastiques
  • Limitation : coûteux, consomme beaucoup d'eau, maintenance technique
  • Avantage : efficace aussi contre autres polluants (PFAS, nitrates)
  • Prix : 500-2000 EUR installation comprise

Filtration professionnelle

Les stations de traitement de l'eau modernisées utilisent :

  • Filtration sur charbon activé (micromètres)
  • Ultrafiltration/Nanofiltration (nanomètres)
  • Ozonation et autres traitements avancés

Ces solutions réduisent drastiquement la charge, mais ne l'éliminent jamais à 100 %.

Nouvelles technologies émergentes

Une percée majeure : des chercheurs du CNRS et Université de Toulouse ont développé une nouvelle méthode de détection capable de mesurer les 98 % de microplastiques indétectables actuellement. Cette avancée ouvre la porte à :

  • Une meilleure compréhension de la véritable charge de contamination
  • Le développement de filtres ciblés plus efficaces
  • Un suivi régulier de la qualité de l'eau

Réglementation en cours

Union Européenne

L'UE travaille sur des normes harmonisées de détection des microplastiques dans l'eau de consommation, attendues pour 2026-2027. Parallèlement, des limites de concentration pourraient être fixées — actuellement, il n'existe aucun seuil légal.

France

L'État français suit les travaux de l'ANSES et pourrait adapter la réglementation du Code de la Santé Publique concernant la qualité de l'eau potable.

Recommandations pratiques

Même en l'absence de certitude sanitaire, quelques gestes simples réduisent l'exposition :

  • Privilégier l'eau du robinet à l'eau en bouteille plastique (moins de sources de contamination)
  • Installer un filtre si vous avez accès à l'eau de source ou si vous souhaitez une sécurité supplémentaire
  • Vérifier les rapports d'analyse annuels de votre collectivité d'eau (obligatoires, mis à disposition)
  • Réduire la consommation de plastique à la source — chaque acte compte pour éviter la fragmentation future

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Sources

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