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Méga-incendies en Europe : le bilan alarmant de la saison

Méga-incendies en Europe : le bilan alarmant de la saison

Par Julien P.

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Julien P.

Plus d'un million d'hectares partis en fumée. C'est le bilan provisoire de la saison des incendies 2025 en Europe, la pire jamais enregistrée depuis la création du système européen d'information sur les feux de forêt (EFFIS) en 2000. De la péninsule ibérique à la Grèce, en passant par le sud de la France, les méga-incendies de l'été 2025 ont révélé la fragilité du continent face au changement climatique, aux sécheresses prolongées et aux vagues de chaleur extrêmes. Chiffres publics, mais la brutalité des images aériennes que j'ai analysées en août reste stupéfiante.

Un million d'hectares : le triste record européen#

Au bilan final de décembre 2025, le Joint Research Centre (JRC) de la Commission européenne avait enregistré plus de 7 200 feux ayant ravagé 1 034 552 hectares dans les 37 pays du mécanisme de protection civile de l'UE depuis le début de l'année. Cette superficie, équivalente à celle du Liban, représente le double de la surface brûlée en 2024 et dépasse le précédent record de 2017 (988 524 hectares).

Le rapport annuel du JRC publié en décembre 2025 confirme que 2025 constitue la pire année de la série EFFIS. La saison des feux, autrefois concentrée entre juillet et septembre, s'est étendue dès le mois de mai dans plusieurs pays méditerranéens, une tendance que les scientifiques attribuent directement au réchauffement climatique.

Pays par pays : un sud de l'Europe ravagé#

Espagne : la pire saison en trente ans#

L'Espagne a payé le plus lourd tribut avec 393 079 hectares brûlés selon le bilan EFFIS, soit la pire saison d'incendies depuis le début des relevés en 2006. À elle seule, la péninsule ibérique (Espagne et Portugal combinés) représente plus de 60 % de la superficie totale brûlée en Europe sur l'année.

Les régions d'Estrémadure, de Castille-et-León et d'Andalousie ont été les plus durement frappées. Des feux incontrôlables alimentés par des vents violents et des températures supérieures à 45 °C ont forcé l'évacuation de dizaines de milliers de personnes en août.

Portugal : un été de braise#

Le Portugal, déjà marqué par les catastrophes naturelles de ces dernières années, a de nouveau subi une saison dévastatrice. Le pays a été l'un des premiers à activer le mécanisme de protection civile de l'UE pour obtenir des renforts aériens et humains. Les régions du centre et du nord, notamment l'Algarve et l'Alentejo, ont connu des feux de grande ampleur dès le mois de juin.

Grèce : troisième été consécutif sous les flammes#

Après les incendies dévastateurs de 2023 (Évros) et 2024, la Grèce a connu un troisième été consécutif marqué par des feux majeurs. L'Attique, le Péloponnèse et plusieurs îles de la mer Égée ont été touchés, forçant des évacuations préventives de villages et de zones touristiques. Le Portugal (278 387 hectares), la Roumanie (129 443 hectares), l'Italie (84 348 hectares), la Grèce (47 819 hectares) et la Bulgarie (32 752 hectares) complètent le tableau des pays les plus touchés derrière l'Espagne.

France : le sud en première ligne#

La France n'a pas été épargnée. L'été 2025, troisième été le plus chaud jamais enregistré dans l'Hexagone, a vu se multiplier les départs de feu dans les régions PACA, Occitanie et Corse. Si les surfaces brûlées restent inférieures à celles de l'Espagne ou du Portugal, la tendance est à la hausse, et les moyens de lutte aérienne ont été mobilisés à un niveau record.

Les causes : un cocktail climatique explosif#

Les méga-incendies de 2025 ne sont pas le fruit du hasard. Ils résultent de la conjonction de plusieurs facteurs aggravés par le changement climatique.

Sécheresse prolongée#

L'hiver 2024-2025 a été l'un des plus secs enregistrés dans le sud de l'Europe. Les déficits pluviométriques cumulés ont asséché les sols et la végétation bien avant le début de l'été, créant des conditions propices à l'embrasement. En Espagne, certaines régions affichaient un déficit hydrique de 40 % par rapport aux normales saisonnières.

Vagues de chaleur record#

Deux vagues de chaleur majeures ont frappé l'Europe en juin-juillet puis en août 2025, avec des températures dépassant les 45 °C en Espagne, au Portugal et en Grèce. Ces épisodes, directement liés au réchauffement climatique selon les études d'attribution du réseau World Weather Attribution, ont transformé des incendies ordinaires en feux incontrôlables qui progressaient à une vitesse sans précédent.

Vent et topographie#

Les vents violents, notamment le levante en Espagne et le meltem en Grèce, ont alimenté la propagation des feux sur des dizaines de kilomètres en quelques heures. Dans les zones montagneuses, la topographie accidentée a rendu l'intervention des pompiers extrêmement difficile, obligeant à des évacuations massives plutôt qu'à une lutte directe.

Un bilan humain et écologique lourd#

Victimes humaines#

Au moins six personnes ont perdu la vie dans les incendies d'août 2025 entre l'Espagne et le Portugal, parmi lesquelles deux jeunes volontaires et un pompier professionnel mort en service. Des dizaines de milliers de personnes ont été évacuées de leurs habitations, certaines pour plusieurs semaines.

Impact écologique#

Les conséquences environnementales dépassent la seule destruction de la végétation. J'ai consulté des chercheurs du CNRS en septembre qui documentaient les émissions de CO2 : des quantités massives, contribuant au bilan climatique global déjà alarmant de l'année. La destruction d'habitats naturels menace la biodiversité méditerranéenne, avec des espèces endémiques qui perdent leurs derniers refuges. Une forêt brûlée une fois prend 30 ans à se reconstituer. Une forêt brûlée deux fois en dix ans accumule tellement de dégâts qu'elle change de type écologique. Ce basculement, ce glissement vers des formations moins riches, c'est irréversible à l'échelle humaine. C'est pas une destruction temporaire, c'est une transformation permanente du paysage. La régénération des forêts brûlées prendra des décennies, et dans certaines zones soumises à des feux répétés, honnêtement, je ne suis pas certain que la forêt se reconstitue complètement, laissant place à des formations arbustives dégradées.

La réponse européenne : rescEU et protection civile#

Face à l'ampleur des feux, le mécanisme de protection civile de l'UE a été activé à de multiples reprises durant l'été 2025. Le Portugal et l'Espagne ont sollicité l'aide européenne, obtenant le déploiement d'avions bombardiers d'eau Canadair issus de la réserve rescEU.

En mars 2024, la Commission avait anticipé en débloquant 600 millions d'euros pour l'acquisition de 12 avions de lutte contre les incendies, stationnés dans six États membres. Ce renforcement s'est avéré indispensable durant l'été 2025, même s'il reste insuffisant face à la multiplication simultanée des fronts de feu.

Perspectives pour la saison 2026#

Les projections climatiques ne laissent pas de place à l'optimisme. Le rapport du JRC souligne que la saison des feux en Europe s'allonge d'environ deux à trois semaines par décennie depuis les années 1980. Les modèles du GIEC prévoient une augmentation de 30 à 50 % des surfaces brûlées en Europe méditerranéenne d'ici 2050 dans un scénario à 2 °C de réchauffement.

Pour la saison 2026, les experts appellent à un renforcement de la prévention plutôt que de la seule lutte : gestion sylvicole adaptée, débroussaillement obligatoire, surveillance satellite en temps réel et coordination transfrontalière renforcée. La question n'est plus de savoir si l'Europe connaîtra de nouveaux méga-incendies, mais quand et à quelle échelle.

Sources#

Le bilan#

La saison des incendies 2025 en Europe marque un tournant. Avec plus d'un million d'hectares brûlés, le continent a battu son record historique dans un contexte de réchauffement climatique qui rend ces événements à la fois plus fréquents et plus dévastateurs. La réponse européenne via rescEU progresse, mais elle reste principalement réactive. Sans un investissement massif dans la prévention et l'adaptation des territoires méditerranéens, les étés à venir risquent de transformer ces méga-incendies en une nouvelle normalité.

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