Méga-incendies en Europe : le bilan alarmant de la saison 2025

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Plus d'un million d'hectares partis en fumée. C'est le bilan provisoire de la saison des incendies 2025 en Europe, la pire jamais enregistrée depuis la création du système européen d'information sur les feux de forêt (EFFIS) en 2000. De la péninsule ibérique à la Grèce, en passant par le sud de la France, les méga-incendies de l'été 2025 ont révélé l'ampleur de la vulnérabilité du continent face à la conjonction du changement climatique, des sécheresses prolongées et des vagues de chaleur extrêmes.

Un million d'hectares : le triste record européen

Au 23 septembre 2025, le Joint Research Centre (JRC) de la Commission européenne avait enregistré 2 076 feux ayant ravagé 1 015 084 hectares dans l'Union européenne depuis le début de l'année. Cette superficie — équivalente à celle du Liban — représente le double de la surface brûlée en 2024 et dépasse largement le précédent record de 2017 (environ 980 000 hectares).

Le rapport annuel du JRC publié en décembre 2025 confirme que 2025 constitue la pire année de la série EFFIS. La saison des feux, autrefois concentrée entre juillet et septembre, s'est étendue dès le mois de mai dans plusieurs pays méditerranéens, une tendance que les scientifiques attribuent directement au réchauffement climatique.

Pays par pays : un sud de l'Europe ravagé

Espagne : la pire saison en trente ans

L'Espagne a payé le plus lourd tribut avec environ 400 000 hectares brûlés au 19 août 2025, soit la pire saison d'incendies en plus de trente ans. À elle seule, la péninsule ibérique (Espagne et Portugal combinés) représente 60 % de la superficie totale brûlée en Europe sur l'année.

Les régions d'Estrémadure, de Castille-et-León et d'Andalousie ont été les plus durement frappées. Des feux incontrôlables alimentés par des vents violents et des températures supérieures à 45 °C ont forcé l'évacuation de dizaines de milliers de personnes en août.

Portugal : un été de braise

Le Portugal, déjà marqué par les catastrophes naturelles de ces dernières années, a de nouveau subi une saison dévastatrice. Le pays a été l'un des premiers à activer le mécanisme de protection civile de l'UE pour obtenir des renforts aériens et humains. Les régions du centre et du nord, notamment l'Algarve et l'Alentejo, ont connu des feux de grande ampleur dès le mois de juin.

Grèce : troisième été consécutif sous les flammes

Après les incendies dévastateurs de 2023 (Évros) et 2024, la Grèce a connu un troisième été consécutif marqué par des feux majeurs. L'Attique, le Péloponnèse et plusieurs îles de la mer Égée ont été touchés, forçant des évacuations préventives de villages et de zones touristiques. La Bulgarie, la Grèce, l'Italie, le Portugal et l'Espagne figurent parmi les cinq pays de l'UE les plus touchés, avec une superficie brûlée combinée de 334 940 hectares pour ces pays hors Espagne.

France : le sud en première ligne

La France n'a pas été épargnée. L'été 2025, troisième été le plus chaud jamais enregistré dans l'Hexagone, a vu se multiplier les départs de feu dans les régions PACA, Occitanie et Corse. Si les surfaces brûlées restent inférieures à celles de l'Espagne ou du Portugal, la tendance est à la hausse, et les moyens de lutte aérienne ont été mobilisés à un niveau record.

Les causes : un cocktail climatique explosif

Les méga-incendies de 2025 ne sont pas le fruit du hasard. Ils résultent de la conjonction de plusieurs facteurs aggravés par le changement climatique.

Sécheresse prolongée

L'hiver 2024-2025 a été l'un des plus secs enregistrés dans le sud de l'Europe. Les déficits pluviométriques cumulés ont asséché les sols et la végétation bien avant le début de l'été, créant des conditions propices à l'embrasement. En Espagne, certaines régions affichaient un déficit hydrique de 40 % par rapport aux normales saisonnières.

Vagues de chaleur record

Deux vagues de chaleur majeures ont frappé l'Europe en juin-juillet puis en août 2025, avec des températures dépassant les 45 °C en Espagne, au Portugal et en Grèce. Ces épisodes, directement liés au réchauffement climatique selon les études d'attribution du réseau World Weather Attribution, ont transformé des incendies ordinaires en feux incontrôlables qui progressaient à une vitesse sans précédent.

Vent et topographie

Les vents violents — notamment le levante en Espagne et le meltem en Grèce — ont alimenté la propagation des feux sur des dizaines de kilomètres en quelques heures. Dans les zones montagneuses, la topographie accidentée a rendu l'intervention des pompiers extrêmement difficile, obligeant à des évacuations massives plutôt qu'à une lutte directe.

Un bilan humain et écologique lourd

Victimes humaines

Au moins six personnes ont perdu la vie dans les incendies d'août 2025 entre l'Espagne et le Portugal, parmi lesquelles deux jeunes volontaires et un pompier professionnel mort en service. Des dizaines de milliers de personnes ont été évacuées de leurs habitations, certaines pour plusieurs semaines.

Impact écologique

Les conséquences environnementales dépassent la seule destruction de la végétation. Les feux de 2025 ont relâché des quantités massives de CO2 dans l'atmosphère, contribuant au bilan climatique global déjà alarmant de l'année. La destruction d'habitats naturels menace directement la biodiversité méditerranéenne, avec des espèces endémiques qui perdent leurs derniers refuges. La régénération des forêts brûlées prendra des décennies, et dans certaines zones soumises à des feux répétés, la forêt pourrait ne jamais se reconstituer, laissant place à des formations arbustives dégradées.

La réponse européenne : rescEU et protection civile

Face à l'ampleur des feux, le mécanisme de protection civile de l'UE a été activé à de multiples reprises durant l'été 2025. Le Portugal et l'Espagne ont sollicité l'aide européenne, obtenant le déploiement d'avions bombardiers d'eau Canadair issus de la réserve rescEU.

En mars 2024, la Commission avait anticipé en débloquant 600 millions d'euros pour l'acquisition de 12 avions de lutte contre les incendies, stationnés dans six États membres. Ce renforcement s'est avéré indispensable durant l'été 2025, même s'il reste insuffisant face à la multiplication simultanée des fronts de feu.

Perspectives pour la saison 2026

Les projections climatiques ne laissent pas de place à l'optimisme. Le rapport du JRC souligne que la saison des feux en Europe s'allonge d'environ deux à trois semaines par décennie depuis les années 1980. Les modèles du GIEC prévoient une augmentation de 30 à 50 % des surfaces brûlées en Europe méditerranéenne d'ici 2050 dans un scénario à 2 °C de réchauffement.

Pour la saison 2026, les experts appellent à un renforcement des capacités de prévention plutôt que de la seule lutte : gestion sylvicole adaptée, débroussaillement obligatoire, surveillance satellite en temps réel et coordination transfrontalière renforcée. La question n'est plus de savoir si l'Europe connaîtra de nouveaux méga-incendies, mais quand et à quelle échelle.

Sources

Conclusion

La saison des incendies 2025 en Europe marque un tournant. Avec plus d'un million d'hectares brûlés, le continent a battu son record historique dans un contexte de réchauffement climatique qui rend ces événements à la fois plus fréquents et plus dévastateurs. La réponse européenne via rescEU progresse, mais elle reste principalement réactive. Sans un investissement massif dans la prévention et l'adaptation des territoires méditerranéens, les étés à venir risquent de transformer ces méga-incendies en une nouvelle normalité.

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