La saison 2025 : record catastrophique de surfaces brûlées
L'année 2025 restera dans les mémoires environnementales comme l'une des plus destructrices jamais enregistrée en matière d'incendies de forêt en Europe. Plus d'un million d'hectares de forêts ont brûlé dans l'Union européenne — le chiffre le plus élevé depuis les premières mesures harmonisées en 2006.
Pour mettre en perspective : c'est l'équivalent de la surface de la Corse qui a disparu en fumée en une seule saison.
Répartition géographique de la catastrophe
- Espagne : 411 000 hectares brûlés (record depuis 30 ans)
- Portugal : 271 000 hectares
- Roumanie : 126 000 hectares
- Italie : 92 000 hectares
- France : 78 000 hectares
- Grèce : 42 000 hectares
L'Espagne a connu trois saisons de feu consécutives (2023-2025) où la tendance s'accélère : 2023 = 300 000 ha, 2024 = 355 000 ha, 2025 = 411 000 ha. Ce n'est plus une fluctuation annuelle — c'est une nouvelle réalité.
Conditions climatiques extrêmes : le moteur
L'été 2025 a été le plus chaud jamais enregistré globalement, selon le service Copernicus. La période juin-août 2025 a dépassé la moyenne 1991-2020 de 0,7 °C.
Vagues de chaleur exceptionnelles
- Juin : vague de chaleur précoce dès la 2ème semaine, avec des pics à 45-48 °C en Espagne/Portugal
- Juillet-août : persistance de dômes de chaleur stagnants sur le sud européen
- Septembre : contrairement à la normale, la chaleur ne reflue pas — prolongation anormale
Sécheresse structurelle
Les précipitations d'hiver 2024-2025 ont été largement déficitaires :
- Espagne : déficit hydrique de 30-40 %
- Sud de la France : déficit de 25-35 %
- Portugal : déficit de 45 % dans certaines régions
Résultat : l'humidité relative des bois atteint des seuils critiques dès juin. Historiquement, ces seuils n'étaient atteints qu'en août-septembre.
Indice FWI (Fire Weather Index)
Le système EFFIS utilise l'indice FWI (Fire Weather Index), qui combine température, humidité, vitesse du vent et sécheresse des combustibles. Une valeur FWI supérieure à 50 indique un risque extrême.
En 2025, le FWI a dépassé les 75 en Espagne/Portugal pendant 3 semaines d'affilée — valeur comparable à des situations apocalyptiques.
Expansion géographique vers le nord
Phénomène alarmant : les incendies s'étendent vers des régions jamais touchées à cette échelle.
Suède et Scandinavie
Les forêts boréales suédoises ont connu des mégafeux spectaculaires en juillet-août 2025. Un incendie unique a parcouru 74 000 hectares en Laponie suédoise. Habituel ? Absolument pas. Avant 2020, la Suède enregistrait inférieur à 50 000 hectares total par saison.
Raison : le réchauffement passe 6-8 °C plus vite en Scandinavie qu'à la moyenne globale (amplification arctique). Les forêts boréales, adaptées au froid, deviennent des tinderboxes.
Canada et Alaska
Simultanément, l'Amérique du Nord a connu une saison record : 14 millions d'hectares brûlés en 2025, incluant les trois plus grands incendies de l'histoire canadienne moderne.
Implication : la crise des feux de forêt ne se limite plus à la Méditerranée — c'est une pathologie globale du changement climatique.
Le système EFFIS : surveillance et anticipation
Le Système Européen d'Information sur les Feux de Forêt (EFFIS), géré par le Centre Commun de Recherche de la Commission européenne, coordonne 43 pays.
Fonctionnalités clés
- Cartographie temps-réel : satellite Copernicus détecte les foyers actifs avec précision hectométrique
- Indice FWI prévisionnel : modèles à 10 jours pour anticiper les risques
- Base de données harmonisée : chaque pays rapporte selon les mêmes standards (dates, surfaces, cause)
- Alerte précoce : notification des services nationaux quand FWI franchit les seuils critiques
Données 2025 via EFFIS
- Détection de 382 000 foyers d'incendies actifs sur la saison (mai-octobre)
- Durée moyenne d'extinction : 2,3 jours (amélioré vs. années antérieures grâce aux réponses rapides)
- Bilan carbone : environ 1,2 gigatonnes de CO₂ relâchées (équivalent à 18 % des émissions annuelles européennes sur une saison)
Déploiement de ressources aériennes renforcées
Pour la première fois à cette ampleur, l'UE a mobilisé des renforts aériennes coordonnées.
Réponse du Mécanisme de Protection Civile de l'UE
- 641 sapeurs-pompiers de 14 pays ont été déployés dans des zones critiques (Espagne nord, Portugal centre, Grèce)
- 22 avions bombardiers d'eau prépositionnés (type Canadair CL-415, très efficaces pour les feux de grande ampleur)
- 4 hélicoptères de lutte supplémentaires
- Drones de surveillance pour cartographier les fronts et guider les équipes terrestres
Limitations observées
Malgré ces ressources, trois défis structurels persistent :
- Propagation plus rapide que les capacités : certains mégafeux avancent à 50-100 km/jour (vitesse de propager avec le vent), outrepassant les camions de pompiers
- Carburant de feu humide : les forêts méditerranéennes accumulent des décennies de sous-bois non nettoyé — combustible massif
- Manque de pilots : seuls 28 pilots certifiés en Europe pour les bombardiers d'eau (métier rare, dangereux)
Stratégies de prévention : débroussaillement et gestion forestière
Le consensus scientifique 2025 est clair : l'extinction de mégafeux actifs est devenue quasi impossible. La vraie stratégie ? Prévention par gestion forestière proactive.
Débroussaillement : l'arme principale
Le débroussaillement (suppression du sous-bois, branchage mort) crée des zones tampons où le feu perd de la force et devient contrôlable.
Paramètres critiques :
- Bande de débroussaillement : minimum 50-100 mètres autour des habitations
- Éclaircissement forestier : réduction de la densité de tiges par hectare
- Nettoyage des éclaircis : élimination des résidus (branchage, débris)
Budget & réalité :
- Coût de débroussaillement : 500-1 500 €/hectare
- France prévoit 200 000 hectares débroussaillés en 2026 (vs. 50 000 en 2020)
- Mais : seulement 10-15 % des zones à risque réelles sont actuellement débroussaillées
Efficacité : Une étude 2025 montre que les zones débroussaillées avant 2025 ont vu les incendies ralentir de 40-60 % et les blessés réduits de 70 %.
Gestion sylvicole adaptée
- Éclaircissement : réduction du nombre d'arbres par hectare (de 600 à 350 tiges)
- Diversification d'essences : monocultures (ex : eucalyptus) favorisent les mégafeux ; mélanger avec des arbres moins inflammables
- Rotation forestière : récolte régulière des plus vieux arbres pour réduire la charge combustible accumulée
Brûlage maîtrisé (Prescribed Burning)
Technique : brûler volontairement de petites parcelles sous supervision (basse intensité, conditions contrôlées) pour réduire le carburant.
- Efficacité : très prouvée en Australie, Californie, Portugal
- Adoption en Europe : encore faible ; France test sur 5 000 hectares en 2026
- Défi : acceptation publique (« pourquoi brûler le bois ? ») et qualification des opérateurs
Réponse politique et investissements
Plan d'action européen 2026-2030
En réaction à 2025, la Commission et les États-membres ont approuvé :
- 3 milliards d'euros de financements pour la prévention des incendies (débroussaillement, équipements pompiers)
- Directive EU4Forest : cadre harmonisé pour gestion forestière préventive
- Renforcement EFFIS : passage de système de suivi à système d'alerte précoce avec AI prédictive
- Formation : 2 000 pilots additionnels de drones + 500 pilots d'avions bombardiers d'ici 2028
Initiatives nationales
- Espagne : investissement de 1,2 milliards pour débroussaillement massive (50 000 ha/an)
- Portugal : réforme forestière : réduction de plantations d'eucalyptus (très inflammable), transition vers forêts mixtes
- France : plan 20 000 emplois verts en gestion forestière
- Italie : « Task Force Fire » permanente d'experts (vs. activation saisonnière)
Perspectives pour la saison 2026
Les modèles climatiques saisonniers (février 2026) suggèrent :
Scénario probable :
- Hiver 2025-2026 moins pluvieux que normal (+10-20 % de déficit hydrique)
- Été 2026 légèrement moins chaud qu'été 2025 (pas d'anomalie = 0,5-1 °C au-dessus de la normale)
- Résultat : saison 2026 moins catastrophique que 2025, mais toujours supérieure aux moyennes 2010-2020
Fourchette estimée : 600 000 à 900 000 hectares brûlés en UE (vs. 1 100 000 en 2025)
Paradoxement : même une « amélioration » à 700 000 ha serait désastreuse par rapport à la normale pré-2020.
Adaptation des stratégies pour un monde incandescent
La réalité 2026 : les incendies de forêt ne sont plus une catastrophe exceptionnelle, c'est une nouvelle normale.
Implications pour collectivités et propriétaires :
- Assurance habitation : les primes grimpent, couverture réduite en zones hauts-risques
- Planification urbaine : retraits obligatoires d'habitations proches forêts (150-200 m minimum)
- Budgets municipaux : 20-30 % dédiés à débroussaillement (vs. 3-5 % avant 2020)
Pour conclure
La saison 2025 a transformé les feux de forêt d'Europe de problème saisonnier à crise structurelle du changement climatique. Les solutions existent : débroussaillement massif, gestion forestière intelligente, investissements dans prévention. Mais elles requièrent une volonté politique et un financement soutenus.
Sans action 2026-2030, la prochaine décennie verra les forêts méditerranéennes et boréales se transformer en paysages lunaires. Pour une fois, le temps presse vraiment.



