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Groenland : janvier 2026, le mois le plus chaud depuis 109 ans

Par Jennifer D.

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Les faits d'abord#

Selon les derniers chiffres de l'Institut météorologique danois (DMI), Nuuk, la capitale du Groenland, a enregistré en janvier 2026 son mois le plus chaud depuis le début des relevés — un record qui tenait depuis 109 ans. La température moyenne du mois a atteint 0,1 °C, soit 7,8 °C au-dessus de la normale climatique (période de référence 1991-2020). Le jour le plus chaud a vu le thermomètre grimper à 11,3 °C.

Plus au nord, à Ilulissat dans la baie de Disko, la moyenne de janvier s'est établie à -1,6 °C — 1,3 °C de plus que le précédent record datant de 1929, et 11 °C au-dessus de la normale pour un mois de janvier.

Ce que les chiffres ne disent pas au premier regard : ce n'est pas un épisode localisé. De la pointe sud du Groenland jusqu'à Ilulissat, sur plus de 2 000 kilomètres de côte ouest, chaque station météo a battu son record mensuel. Simultanément.

Un signal, pas un accident#

L'enquête révèle que cette vague de chaleur s'inscrit dans un contexte arctique de plus en plus alarmant. La banquise arctique a atteint en janvier 2026 sa deuxième plus faible étendue en 48 ans de mesures satellitaires.

Le DMI est catégorique : un record de chaleur aussi étendu géographiquement — plus de 2 000 kilomètres — constitue « une indication claire que quelque chose est en train de changer ». Le réchauffement climatique produit désormais systématiquement plus de records chauds que de records froids.

Pour les scientifiques danois, la question n'est plus de savoir si l'Arctique se réchauffe, mais à quelle vitesse. L'amplification arctique — le phénomène par lequel les régions polaires se réchauffent deux à quatre fois plus vite que la moyenne mondiale — est en train de redessiner la carte climatique des hautes latitudes.

Ce que ça signifie pour la banquise et la calotte#

Le Groenland abrite la deuxième plus grande calotte glaciaire au monde, après l'Antarctique. Sa fonte contribue directement à la montée des eaux : si elle fondait intégralement, le niveau marin monterait de plus de 7 mètres.

Des températures positives en janvier à Nuuk — normalement gelé à cette période — accélèrent plusieurs mécanismes :

  • Fonte de surface prématurée : la calotte commence à perdre de la masse plus tôt dans la saison, allongeant la période de fonte nette.
  • Déstabilisation des glaciers émissaires : les glaciers côtiers qui drainent la calotte vers l'océan accélèrent quand les températures marines et atmosphériques augmentent.
  • Réduction de la banquise : moins de glace de mer signifie plus d'absorption solaire par l'océan (effet albédo), ce qui amplifie le réchauffement local.

L'Arctique comme sentinelle#

Selon les derniers chiffres du programme Copernicus, la température mondiale a dépassé 1,4 °C au-dessus des niveaux préindustriels. Mais dans l'Arctique, ce chiffre est multiplié par deux, voire par quatre localement. Le Groenland vit déjà dans un monde à +3 °C ou +4 °C par rapport à sa base climatique.

C'est précisément ce que le comité consultatif européen sur le climat vient de souligner dans son rapport de février 2026 : l'Europe doit se préparer à un réchauffement de 2,8 à 3,3 °C d'ici 2100. Les records groenlandais montrent que pour les régions arctiques, cette réalité est déjà là.

Les conséquences locales#

Ce que les chiffres ne disent pas, ce sont les impacts sur les communautés groenlandaises. La pêche, la chasse et les déplacements en traîneau dépendent de conditions de glace prévisibles. Quand la banquise côtière fond trop tôt ou ne se forme plus du tout, ce sont des modes de vie millénaires qui deviennent impraticables.

L'instabilité de la glace de mer rend également les déplacements entre villages dangereux. Des routes traditionnelles deviennent impraticables, isolant des communautés qui dépendent de ces liaisons.

Ce que ça nous apprend#

Janvier 2026 au Groenland n'est pas un événement isolé. C'est la manifestation visible d'une tendance documentée depuis des décennies, mais qui s'accélère. L'Arctique se réchauffe, la banquise recule, la calotte fond.

Le retrait des États-Unis de l'Accord de Paris et le démantèlement des réglementations climatiques américaines rendent les perspectives mondiales encore plus sombres. Chaque dixième de degré supplémentaire se traduit par des records comme celui de Nuuk — et par des conséquences irréversibles pour les écosystèmes polaires et au-delà.

L'enquête révèle une chose que les rapports officiels peinent encore à formuler clairement : le Groenland est le canari dans la mine du climat mondial. Et le canari tousse.

Sources#

JD

Jennifer D.

Journaliste d'investigation

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