Espèces menacées en France : les chiffres de la Liste rouge 2025

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2 903 espèces menacées sur 17 367 évaluées. C'est le bilan que dresse la Liste rouge nationale des espèces menacées en France, après 16 ans d'évaluations scientifiques conduites par le Comité français de l'UICN et PatriNat (MNHN-OFB-CNRS-IRD). Soit 16,7 % des espèces passées au crible. À cela s'ajoutent 189 espèces déjà disparues du territoire — dont certaines éteintes au niveau mondial. La France, sixième pays hébergeant le plus grand nombre d'espèces mondialement menacées (1 606), porte une responsabilité considérable face à cette crise silencieuse de la biodiversité.

La Liste rouge : 16 ans de diagnostic scientifique

Un programme sans équivalent

Lancée en 2008 par le Comité français de l'UICN et l'unité PatriNat, la Liste rouge nationale évalue le risque de disparition des espèces animales et végétales présentes sur le territoire français — métropole et outre-mer confondus. Chaque espèce est classée selon 11 catégories standardisées, d'« Éteinte au niveau mondial » (EX) à « Préoccupation mineure » (LC), en passant par « En danger critique » (CR), « En danger » (EN) et « Vulnérable » (VU).

La réalisation de ce bilan a mobilisé 32 organisations partenaires et plus de 500 experts et contributeurs. Il constitue l'outil de référence pour orienter les politiques de conservation en France.

Les chiffres globaux

IndicateurValeur
Espèces évaluées (métropole + outre-mer)17 367
Espèces menacées (CR + EN + VU)2 903 (16,7 %)
Espèces disparues ou éteintes189
Espèces en danger critique555
Espèces menacées au niveau mondial présentes en France1 606
Rang de la France (nombre d'espèces mondiales menacées)6e

La part d'espèces classées « Données insuffisantes » concerne encore près d'une espèce sur cinq — un rappel que de nombreux groupes taxonomiques (invertébrés, faune marine, champignons, lichens) restent insuffisamment étudiés.

Métropole : un tiers des oiseaux nicheurs menacés

Mammifères, reptiles, amphibiens : les vertébrés sous pression

En France métropolitaine, les taux de menace par groupe sont éloquents :

  • Mammifères : 14 % menacés de disparition
  • Reptiles : 24 %
  • Amphibiens : 23 %
  • Oiseaux nicheurs : 32 %
  • Poissons d'eau douce : 19 %
  • Crustacés d'eau douce : 28 %

Pour la flore, 15 % des orchidées de métropole sont menacées.

Les espèces les plus en danger

Cinq mammifères incarnent la gravité de la situation en métropole :

L'ours brun (en danger critique) ne comptait plus que cinq individus dans les Pyrénées en 2004, dont une seule femelle — Cannelle, abattue par un chasseur la même année. Les réintroductions successives ont permis d'atteindre environ 70 individus en 2021, mais la population reste fragile et dépendante de la cohabitation avec les activités humaines.

Le vison d'Europe (en danger) est passé sous la barre des 250 animaux. Ce mustélidé discret, cantonné principalement aux Charentes, souffre de la disparition des zones humides et de la compétition avec le vison d'Amérique, espèce invasive.

Le lynx boréal (en danger) a été réintroduit dans le Jura dans les années 1970. Une centaine d'individus subsistent aujourd'hui, menacés par la fragmentation de leur habitat, les collisions routières et le braconnage.

Le grand hamster d'Alsace (en danger) est au bord de l'extinction. Victime de l'agriculture intensive et de la monoculture du maïs, ses dernières populations autour de Strasbourg font l'objet d'un plan national de sauvegarde.

Le rhinolophe de Méhely (en danger critique), une chauve-souris méditerranéenne, figure parmi les mammifères les plus rares de France.

Des espèces déjà disparues

Plusieurs espèces ont définitivement quitté le territoire métropolitain : le bouquetin des Pyrénées (disparu au début des années 2000), le phoque moine (disparu des côtes provençales dans les années 1930, puis de Corse à la fin des années 1970) et la baleine des Basques. Plus anciennement, l'aurochs, le bison d'Europe et le cheval sauvage avaient déjà été éliminés.

Outre-mer : une biodiversité exceptionnelle, des menaces amplifiées

Les territoires ultramarins concentrent une part disproportionnée de la biodiversité française — et des menaces qui pèsent sur elle. La France est le sixième pays au monde pour le nombre d'espèces mondialement menacées, en grande partie à cause de ses outre-mer.

La Réunion : un tiers des oiseaux menacés ou disparus

Plus d'un tiers des espèces d'oiseaux de La Réunion sont menacées ou ont déjà disparu. L'île abrite aussi 14 % de papillons de jour et 33 % de poissons d'eau douce menacés. Pour la flore, 41 % des fougères et plantes à fleurs sont en danger — un taux parmi les plus élevés des territoires français.

Martinique : près de la moitié des reptiles menacés

En Martinique, 47 % des reptiles, 28 % des mollusques et 21 % des oiseaux sont menacés. L'urbanisation littorale, les espèces invasives et les catastrophes naturelles (ouragans, éruptions) aggravent la pression sur des écosystèmes déjà fragmentés.

Guyane : un réservoir de biodiversité sous surveillance

La Guyane héberge une faune et une flore d'une richesse exceptionnelle. Malgré une couverture forestière encore importante, 13 % des oiseaux et des poissons et 16 % des mammifères marins sont menacés. L'orpaillage illégal, la déforestation et la pollution au mercure des cours d'eau constituent les principales pressions.

Mayotte et Guadeloupe

À Mayotte, 43 % des fougères et plantes à fleurs sont menacées — le taux le plus élevé de tous les territoires français. En Guadeloupe, ce chiffre atteint 15 % pour les mêmes groupes.

Les causes : un cumul de pressions

Le déclin massif des pollinisateurs en Europe illustre un phénomène plus large : l'érosion de la biodiversité résulte d'un cumul de pressions qui se renforcent mutuellement.

Destruction et fragmentation des habitats

C'est la première cause de menace. L'artificialisation des sols — environ 20 000 hectares par an en France selon le Cerema — détruit des milieux naturels et fragmente les corridors écologiques. En métropole, les zones humides (essentielles pour le vison d'Europe, les amphibiens, les crustacés) ont perdu 67 % de leur surface au cours du siècle dernier.

Espèces exotiques envahissantes

Le vison d'Amérique concurrence le vison d'Europe. Le ragondin détruit les berges. L'écrevisse de Louisiane remplace les écrevisses autochtones. En outre-mer, les rats, chats et mangoustes introduits déciment les oiseaux nicheurs insulaires.

Changement climatique

Le réchauffement modifie les aires de répartition des espèces, désynchronise les cycles biologiques (floraison, migration, reproduction) et multiplie les événements extrêmes. Les espèces de montagne et les espèces insulaires, sans possibilité de migration, sont les plus vulnérables. Le bilan climatique 2025 confirme l'accélération de ces phénomènes.

Pollutions

Les polluants éternels PFAS contaminent les chaînes alimentaires aquatiques. Les pesticides (néonicotinoïdes notamment) affectent les insectes et, par ricochet, les espèces qui s'en nourrissent. La pollution lumineuse désorganise les comportements nocturnes de nombreuses espèces.

Le contexte mondial : 48 646 espèces menacées

La Liste rouge mondiale de l'UICN (version 2025.2) recense 172 620 espèces étudiées, dont 48 646 classées menacées. Les taux de menace par groupe au niveau mondial donnent la mesure de la crise :

  • Amphibiens : 41 % menacés d'extinction
  • Mammifères : 26 %
  • Oiseaux : 11 % (mais plus de la moitié des espèces sont en déclin)

En 2025, le Congrès mondial de la conservation a mis en lumière de nouvelles évaluations — notamment les perles de métropole et les mille-pattes chilopodes — confirmant que les invertébrés sont au moins aussi menacés que les vertébrés, sinon davantage.

Des signes d'espoir : quand la protection fonctionne

La Liste rouge n'est pas qu'un inventaire de mauvaises nouvelles. Certaines espèces démontrent que la conservation produit des résultats quand les moyens sont mobilisés.

La loutre d'Europe, autrefois en forte régression, est aujourd'hui classée en « Préoccupation mineure » et recolonise progressivement des cours d'eau dont elle avait disparu. Le bouquetin des Alpes, quasi éliminé de l'arc alpin français, a repeuplé plusieurs départements grâce aux réintroductions. L'ours brun, malgré les polémiques, voit sa population augmenter dans les Pyrénées.

Ces exemples partagent un point commun : une volonté politique forte, des financements dédiés et un suivi scientifique rigoureux. Ils montrent aussi que la restauration prend du temps — cinq à dix ans minimum pour les espèces les moins spécialisées, selon les études menées aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.

Le bilan environnemental 2025 souligne que les efforts de conservation doivent encore s'intensifier pour inverser la tendance globale.

FAQ

Combien d'espèces sont menacées en France ?

Sur 17 367 espèces évaluées en métropole et outre-mer, 2 903 sont menacées (16,7 %) et 189 ont disparu du territoire. La France est le sixième pays au monde pour le nombre d'espèces mondialement menacées présentes sur son sol (1 606 espèces).

Quels animaux sont les plus menacés en métropole ?

L'ours brun et le rhinolophe de Méhely sont en danger critique d'extinction. Le vison d'Europe, le lynx boréal et le grand hamster d'Alsace sont en danger. Chez les oiseaux, 32 % des espèces nicheuses sont menacées, dont le grand tétras en forte régression.

Pourquoi l'outre-mer est-elle si touchée ?

Les territoires ultramarins hébergent une biodiversité exceptionnelle (insularité, milieux tropicaux) mais aussi des menaces amplifiées : espèces invasives, urbanisation littorale, catastrophes naturelles, et des surfaces protégées encore insuffisantes. À Mayotte, 43 % des fougères et plantes à fleurs sont menacées.

Qui réalise la Liste rouge en France ?

La Liste rouge nationale est élaborée depuis 2008 par le Comité français de l'UICN et PatriNat (MNHN, OFB, CNRS, IRD), avec la contribution de 32 organisations partenaires et plus de 500 experts.

La situation peut-elle s'améliorer ?

Oui, à condition de mobiliser des moyens suffisants. La loutre, le bouquetin des Alpes et l'ours brun montrent que les réintroductions et la protection des habitats produisent des résultats. Mais la restauration prend du temps et nécessite une action coordonnée sur la destruction des habitats, les espèces invasives, le changement climatique et les pollutions.

Sources

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