Les énergies renouvelables en France ont franchi un cap en 2024 : 148 TWh produits, soit 27,6 % de la production électrique totale, un record historique. Mais à peine ce seuil atteint, la publication de la PPE 3 en février 2026 rebat les cartes. Le gouvernement mise gros sur le nucléaire et revoit à la baisse les ambitions sur l'éolien terrestre et le solaire. Où en est vraiment la France dans sa transition énergétique ?
Le bilan 2024 : une année record pour les renouvelables
L'année 2024 restera comme un millésime pour les renouvelables françaises. Selon le bilan électrique annuel de RTE, la production d'électricité nationale a atteint 536,5 TWh, son plus haut niveau depuis cinq ans. La part bas-carbone (nucléaire + renouvelables) culmine à 95 %, avec une intensité carbone de 21,3 gCO₂eq/kWh, en baisse de près de 30 % par rapport à 2023.
Les renouvelables ont contribué à hauteur de 148 TWh, portées par trois moteurs principaux.
L'hydraulique, pilier historique
Avec 74,7 TWh produits en 2024, la production hydraulique retrouve un niveau inégalé depuis 2013. Cette remontée s'explique par une pluviométrie favorable après deux années de sécheresse, ainsi que par une meilleure gestion des réserves. L'hydraulique reste la première source d'électricité renouvelable en France, loin devant l'éolien et le solaire.
Le solaire en pleine accélération
Le solaire photovoltaïque est la filière qui progresse le plus vite. D'après les chiffres clés du ministère de la Transition écologique, la puissance installée atteint 29,7 GW au 30 septembre 2025, avec 4,5 GW raccordés sur les trois premiers trimestres de l'année, contre 3,7 GW sur la même période de 2024.
La production solaire s'envole : 28,6 TWh sur les neuf premiers mois de 2025, en hausse de 35 % par rapport à 2024. Le solaire couvre désormais 7,9 % de la consommation électrique française hors autoconsommation. En puissance installée, le photovoltaïque (29,7 GW) dépasse désormais l'éolien terrestre (23,9 GW).
L'éolien, croissance modérée
Le parc éolien français atteint 25,9 GW fin septembre 2025, dont 23,9 GW en terrestre et 2 GW en mer. La production éolienne représente 10 % de la consommation électrique nationale sur les trois premiers trimestres 2025. L'éolien en mer, encore marginal avec 3,5 TWh au troisième trimestre 2025, monte progressivement en puissance avec les parcs de Saint-Nazaire, Fécamp et Saint-Brieuc désormais en service.
La PPE 3 : la nouvelle donne 2026-2035
Le décret relatif à la troisième Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE 3) a été publié au Journal officiel le 13 février 2026. C'est la feuille de route énergétique de la France jusqu'en 2035. Et elle marque un virage net.
Les objectifs par filière
La PPE 3 fixe des cibles précises pour chaque source renouvelable :
- Solaire : 48 GW en 2030, entre 55 et 80 GW en 2035 (contre 29,7 GW fin 2025)
- Éolien terrestre : 31 GW en 2030, entre 35 et 40 GW en 2035 (contre 23,9 GW actuellement), avec une priorité donnée au renouvellement des parcs existants
- Éolien en mer : 3,6 GW en 2030, 15 GW en 2035 (contre 2 GW aujourd'hui)
- Électricité décarbonée totale : entre 650 et 693 TWh par an en 2035, contre 544 TWh en 2025
Un ralentissement assumé sur le terrestre
Le fait marquant de la PPE 3, c'est la révision à la baisse des objectifs pour l'éolien terrestre et le solaire par rapport aux ambitions précédentes. Le gouvernement justifie ce recul par la stagnation de la consommation électrique et la relance massive du nucléaire, avec la confirmation de la construction de six EPR2 et l'étude de huit réacteurs supplémentaires.
Cette stratégie repose sur un pari : que le nucléaire reprenne sa place de pilier du mix français, permettant de modérer le rythme de déploiement des renouvelables terrestres. En contrepartie, l'éolien en mer bénéficie d'objectifs ambitieux, avec une multiplication par sept de la capacité installée d'ici 2035.
Les écarts avec la trajectoire : où ça coince
Malgré les records, la France accuse du retard sur plusieurs fronts. Les énergies renouvelables représentaient 23 % de la consommation finale brute d'énergie en 2024, contre un objectif européen initialement fixé à 33 % pour 2030.
Le problème de la chaleur et des transports
Le débat se focalise souvent sur l'électricité, mais la transition énergétique concerne aussi la chaleur (chauffage, industrie) et les transports. Or, dans ces secteurs, la part des renouvelables progresse beaucoup plus lentement. Les pompes à chaleur se développent, la biomasse contribue, mais les biocarburants plafonnent et l'hydrogène vert reste au stade pilote.
Les freins structurels
Plusieurs obstacles ralentissent le déploiement : les délais d'instruction des projets (six à huit ans pour un parc éolien terrestre), l'acceptabilité locale, la saturation des réseaux de raccordement dans certaines régions et le manque de foncier disponible pour le solaire au sol. RTE a d'ailleurs lancé en 2025 un plan d'adaptation du réseau de transport pour absorber les futures capacités renouvelables.
Ce qui change concrètement en 2026
Au-delà des objectifs à dix ans, plusieurs mesures de la PPE 3 prennent effet dès cette année :
- Simplification administrative : réduction des délais d'instruction pour les projets solaires sur toiture et parking (objectif : passage de 24 à 12 mois)
- Zones d'accélération : les communes doivent identifier des zones favorables aux renouvelables, conformément à la loi d'accélération de mars 2023, avec des premiers bilans attendus mi-2026
- Autoconsommation : extension du cadre réglementaire pour les communautés d'énergie, facilitant le partage d'électricité solaire entre voisins
- Réseaux : RTE engage un plan d'investissement de 100 milliards d'euros sur 15 ans pour adapter le réseau de transport
Quel mix énergétique en 2035 ?
Si les objectifs de la PPE 3 sont tenus, le mix électrique français en 2035 s'appuierait sur environ 70 % de nucléaire, 20 à 25 % de renouvelables et le reste en gaz (pour la flexibilité). Un équilibre très différent de celui visé par nos voisins européens, qui misent davantage sur un mix 100 % renouvelable.
La France fait un choix singulier : combiner nucléaire et renouvelables pour maximiser la production bas-carbone tout en limitant l'empreinte carbone et l'emprise foncière des installations. Un choix qui a ses partisans (indépendance énergétique, faible empreinte carbone) et ses critiques (coût des EPR2, risque de retards industriels, moindre diversification).
Ce qui est certain, c'est que les renouvelables continueront à croître en France. La question n'est plus « si » mais « à quel rythme ». Et sur ce point, la PPE 3 a tranché : un rythme maîtrisé, adossé au retour en force de l'atome.
Sources :
- RTE — Bilan électrique 2024 : production électrique nationale, part des renouvelables, données hydraulique et nucléaire
- Ministère de la Transition écologique — Chiffres clés des énergies renouvelables 2025 : puissance installée solaire et éolien, statistiques par filière
- Gouvernement français — PPE 3 : la nouvelle feuille de route énergétique : objectifs 2030 et 2035 par filière renouvelable
- Connaissance des Énergies — Stratégie énergétique : révision PPE 3 : analyse des révisions d'objectifs éolien et solaire
- Vie Publique — Énergies renouvelables : croissance 2024 : part des renouvelables dans la consommation finale brute
Pour suivre l'impact de ces politiques sur la qualité de l'air et l'environnement, consultez notre bilan environnement 2025 et notre enquête sur les PFAS, polluants éternels en France. Le solaire photovoltaïque et l'éolien en mer constituent les deux piliers de cette croissance.




