La France a enregistré en février 2026 plus de trois semaines de pluie quasi-ininterrompue. Cinq départements ont été placés en vigilance rouge crues simultanément — Loire-Atlantique, Charente-Maritime, Gironde, Haute-Vienne, Maine-et-Loire. Plus de 1 750 personnes ont été mises à l'abri et les secouristes ont conduit plus de 2 000 interventions. Un bilan qui interroge directement la capacité des territoires à absorber des événements climatiques de plus en plus longs et intenses.
Une accumulation sans précédent
Les crues de février 2026 ne doivent pas être lues comme un épisode isolé. Elles s'inscrivent dans une succession de perturbations atlantiques actives depuis début janvier, alimentées par un anticyclone bloquant sur le nord-est de l'Europe qui a canalisé les flux humides vers la façade ouest de la France pendant plusieurs semaines.
La durée est le paramètre exceptionnel. Des pluies intenses mais courtes produisent des crues rapides, violentes et souvent prévisibles sur les petits bassins versants. Une pluie continue sur plus de trois semaines sature les sols, remonte les nappes et maintient les cours d'eau en crue haute pendant des semaines. Ce type d'événement est particulièrement difficile à gérer pour les services de sécurité civile et les collectivités.
Les cours d'eau les plus touchés
La Maine, la Loire aval et la Charente ont connu des débordements majeurs. À Angers, la Loire a franchi des seuils qui n'avaient pas été atteints depuis les grandes crues historiques. À Saintes, en Charente-Maritime, les quartiers riverains ont été submergés pendant plusieurs jours consécutifs. La Gironde, gonflée par la conjonction de la Garonne et de la Dordogne, a provoqué des submersions dans l'estuaire.
Sur les tronçons surveillés par Vigicrues, le service national de vigilance crues, 4 tronçons étaient en niveau rouge, 13 en orange et plus de 100 en jaune au pic de la crise.
La vulnérabilité de l'ouest de la France
L'ouest de la France concentre plusieurs facteurs de vulnérabilité aux inondations prolongées.
Des bassins versants imperméabilisés
L'artificialisation des sols — zones commerciales, lotissements, parkings — réduit la capacité d'absorption des pluies. L'eau ruisselle plus vite vers les cours d'eau, amplifiant les crues. En Loire-Atlantique et en Gironde, l'expansion urbaine des trente dernières années a modifié profondément l'hydrologie des bassins versants. L'objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) inscrit dans la loi Climat et Résilience vise à freiner cette dynamique, mais ses effets concrets ne se feront sentir qu'à moyen terme.
Des plaines inondables densément occupées
Historiquement, les grandes plaines alluviales — val de Loire, vallée de la Garonne, marais charentais — étaient des zones peu habitées, exploitées pour l'agriculture ou laissées en prairies. La pression foncière du XXe siècle a conduit à urbaniser des zones classées en aléa fort dans les plans de prévention des risques inondations (PPRI). Des milliers de logements, de commerces et d'entreprises se trouvent aujourd'hui dans des zones qui, climatologiquement, ont vocation à être inondées.
Un réseau de protection hétérogène
Les digues et levées de terre qui protègent les zones habitées ont été construites à des époques différentes, avec des standards variables. Certaines datent du XIXe siècle et n'ont pas été dimensionnées pour des événements dépassant la crue centennale. La crise de février 2026 a mis en évidence des fragilités sur plusieurs ouvrages.
La réponse de crise
Le gouvernement a activé les plans de continuité et mis en préalerte les préfectures des départements concernés dès la mi-février. Le ministère de la Transition écologique a rappelé les bons comportements à adopter en cas de crues et mobilisé les services de la direction générale de la prévention des risques (DGPR).
Côté sécurité civile, les sapeurs-pompiers ont été renforcés par des colonnes de renfort interzonales. Près d'un millier de pompiers étaient prépositionnés au plus fort de la crise. La Croix-Rouge et la Protection civile ont assuré l'hébergement des personnes évacuées.
Les agriculteurs ont été particulièrement touchés : des cultures d'hiver, des serres et des élevages ont subi des dommages. Les chambres d'agriculture de la région Nouvelle-Aquitaine ont déclenché des procédures de reconnaissance de calamité agricole.
Ce que le changement climatique change
Les crues ne sont pas nouvelles en France. Ce qui change, c'est leur fréquence, leur durée et leur intensité dans certaines régions, sous l'effet du réchauffement climatique.
Le GIEC projette une augmentation des précipitations hivernales sur la façade atlantique française d'ici 2050, accompagnée d'une variabilité accrue — alternance de sécheresses estivales sévères et de périodes de pluies prolongées en hiver et au printemps. C'est exactement le régime que connaît la Loire, qui a battu des records de basses eaux estivales en 2022-2023 avant de déborder en 2026.
Ce paradoxe hydrique — sécheresse et inondations sur le même territoire à quelques mois d'écart — complique la gestion de l'eau. Les nappes ne se rechargent pas uniformément : une pluie prolongée ruisselle si les sols sont imperméabilisés, sans nécessairement alimenter la nappe phréatique en profondeur.
L'adaptation : entre travaux lourds et culture du risque
Les solutions structurelles
Le Plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC-3), adopté fin 2024, consacre plusieurs axes à la gestion du risque inondation :
- Restauration des zones d'expansion de crues : renaturer les abords des cours d'eau pour permettre aux plaines alluviales de jouer leur rôle de tampon hydraulique. Ces travaux impliquent parfois la délocalisation d'habitations ou d'activités en zone inondable.
- Révision des PPRI : mettre à jour les plans de prévention des risques pour intégrer les nouvelles projections climatiques, en particulier les crues de fréquence rare.
- Réduction de l'imperméabilisation : désimperméabiliser les parkings, favoriser les toitures végétalisées et les noues paysagères en zone urbaine.
Le fonds Barnier sous pression
Le fonds de prévention des risques naturels majeurs (FPRNM), dit fonds Barnier, finance les travaux de prévention et les acquisitions amiables de biens exposés. Mais son enveloppe est structurellement sous-dimensionnée par rapport aux besoins. Les associations de sinistrés réclament régulièrement son renforcement.
La culture du risque
Au-delà des travaux, l'adaptation passe par la culture du risque : comprendre qu'habiter en zone inondable implique d'accepter des épisodes de submersion, de s'y préparer (plan familial de mise en sûreté, kit d'urgence) et de connaître les consignes locales.
Les catastrophes naturelles de 2025 ont déjà montré que la résilience des populations est un facteur déterminant du bilan humain lors d'une crise. La pédagogie du risque reste insuffisamment développée en France, notamment dans les zones nouvellement exposées qui n'ont pas de mémoire historique des inondations.
Vers une révision de la gestion de l'aléa ?
Plusieurs experts et élus locaux ont appelé, à l'issue des crues de février 2026, à une révision en profondeur de la politique de gestion du risque inondation en France. Les axes débattus incluent :
- L'interdiction effective de toute nouvelle construction en zone d'aléa fort, quelle que soit la pression foncière locale.
- Le renforcement des ressources humaines et financières des établissements publics territoriaux de bassin (EPTB), qui coordonnent la gestion des cours d'eau à l'échelle des grands bassins versants.
- L'accélération des programmes de renaturation des berges et des zones humides, dont le rôle dans l'écrêtage des crues est documenté mais encore sous-utilisé.
La résilience climatique des territoires ne se décrète pas en quelques semaines. Elle se construit sur plusieurs décennies, par des choix d'aménagement cohérents et une gouvernance du risque partagée entre État, collectivités et habitants.
Sources
- Franceinfo, Crues dans l'ouest de la France : la Haute-Vienne placée en vigilance orange
- Ecologie.gouv.fr, Crues et inondations en France : le Gouvernement appelle à la vigilance
- Meteo-Paris, Multiples crues majeures et encore beaucoup de pluie en vue — 18/02/2026
- Vers2045, Situation globale des inondations en France au 18-2-2026



