COP31 en Turquie : enjeux climatiques majeurs, financement, rôle Australie

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COP31 : où ? quand ? qui préside ?

Contrairement aux attentes initiales, la COP31 ne se tiendra pas en Australie — la Turquie l'accueillera à Antalya (région côtière méditerranéenne). Mais l'Australie joue un rôle pivot : elle dirige les négociations (présidence COP) pendant l'année 2026.

Date prévue : novembre 2026 (à confirmer officiellement).

Contexte politique : après des mois de tractations diplomatiques, Ankara et Canberra se partagent le leadership. La Turquie fournit la logistique et l'infrastructure hôtelière ; l'Australie mène la charge négociatrice sur les textes, ses intérêts géopolitiques (Pacifique, enjeux côtiers) alignés avec l'agenda climat global.

C'est un compromis astucieux : la Turquie renforce sa crédibilité climat après des années d'inaction énergétique mitigée, l'Australie marque son leadership régional post-charbon.

Le paradoxe australien : charbon → renouvelables

L'Australie incarne une contradiction fascinating sur le climat.

L'héritage du charbon

Traditionnellement, l'Australie est le 3e exportateur de charbon mondial. Le charbon représentait jusqu'à 75% de l'électricité du pays. Les intérêts miniers sont puissants : Queensland (riche en mines) fournit à prix bas les centrales thermiques nationales et exporte massif vers Asie.

Le pivot vers les renouvelables

Depuis 2015-2020, le pivot s'accélère. Aujourd'hui :

  • 50% de l'électricité provient des renouvelables (éolien + solaire)
  • Fermeture progressive de centrales charbon (Gladstone, Collinsville)
  • Objectif officiel 2030 : réduction des émissions de 43 % par rapport 2005
  • Objectif 2050 : neutralité carbone

C'est un changement rapide pour une économie traditionnellement énergétique-intensif.

Pourquoi cette accélération ?

  • Économie : éolien/solaire moins chers que charbon nouveau
  • Politique : élection 2022 d'un gouvernement pro-climat (Labor)
  • Géopolitique du Pacifique : les îles basses du Pacifique (Tuvalu, Kiribati) supplient l'Australie d'agir — menace d'inondation existentielle
  • Industrie : secteurs comme l'aluminium se relocalisent vers énergie verte

L'Australie est donc paradoxalement crédible sur le climat : elle parle d'expérience de transition, pas de théorie.

Les quatre grands enjeux de COP31

1. Bilan post-Accord de Paris : NDC 2.0 (Contributions Déterminées Nationales)

L'Accord de Paris (2015) a fixé un objectif : limiter le réchauffement à 1.5 °C versus niveaux pré-industriels. Pour cela, chaque nation soumet une NDC : plan national chiffré d'atténuation des émissions.

Le problème : les NDCs actuelles (2020-2022) nous conduisent à 2.5-3 °C de réchauffement. Nettement insuffisant.

Enjeu COP31 : renforcer les NDC pour 2025-2030. Cela signifie que chaque nation doit soumettre des engagements plus ambitieux : moins de charbon, plus d'électrification, efficacité énergétique accentuée.

  • Turquie s'engage à -41 % en 2030 versus 1990 (ambitieux pour un producteur gaz/charbon)
  • Australie s'engage à -43 % en 2030 versus 2005 (cohérent avec son trend actuel)
  • UE : -55 % en 2030 (déjà en cours par Fit for 55)

La COP31 doit déboucher sur un consensus que les NDC 2.0 convergeront vers les 1.5 °C. C'est le "moment de vérité" du multilatéralisme climatique.

2. Financement climatique : la NCQG (Nouvelle Quantification Collective)

Les nations en développement clamaient depuis des années : « nous souffrons des émissions des riches, payez-nous pour adapter ».

Le fonds original : en 2009, les pays riches promettaient 100 milliards USD/an aux pays pauvres pour atténuation + adaptation. Promesse tenue... partiellement. Réel transfert : environ 85 Md$ en 2023.

La demande : pays pauvres et insulaires exigent 300-500 Md$/an, voire plus. Pourquoi ?

  • Adaptation aux côtes : digues, relocalisation, infrastructure résiliente
  • Transition énergétique accélérée : panneaux solaires, batteries, éoliens
  • Réparation des dommages passés ("loss and damage")

Enjeu COP31 : négocier la NCQG (nouveau cadre quantitatif). Rumeurs actuelles : consensus possible autour de 100 à 200 Md$/an 2025-2035. Les riches (US, UE, Japon, Australie) résistent, les pauvres campent.

C'est un bras de fer géopolitique : le financement c'est du pouvoir. Avec Australie à la présidence, les îles du Pacifique ont une voix plus forte (la région compte sur Canberra comme patron).

3. Adaptation : "Loss and Damage Fund"

Nouveauté de COP27 (Sharm el-Sheikh) : un fonds dédié aux pertes et dommages irréversibles causés par changement climatique.

Différence clé : adaptation = se préparer (digue, sécheresse); loss and damage = c'est déjà trop tard (île engloutie, moisson perdue, extinction espèce).

Enjeu COP31 : mettre le Loss and Damage Fund en opération réelle, mobiliser premiers financements. Les petits États insulaires (Tuvalu, Fidji) attendent compensation pour migrations climatiques déjà en cours.

4. Marché carbone : Article 6 de l'Accord de Paris

L'Article 6 crée le mécanisme de crédits carbone transnationaux : un pays riche peut financer réduction d'émissions dans pays pauvre et compter cette réduction pour sa propre NDC.

Enjeu COP31 : clarifier les règles, éviter "l'arbitrage" (acheter bon marché au Sud, vendre cher au Nord), garantir intégrité écologique. Australie y voit d'opportunités : lien vert Pacifique (financer projets énergies propres régionales).

Contexte géopolitique : les tensions sous-jacentes

Le paradoxe US-Chine

Les US sont revenus Paris via Biden (2021), mais s'apprêtent à revenir selon vents politiques locaux. Chine fait semblant de coopérer, mais dépend toujours charbon. COP31 sera un test de volonté réelle : paroles vs actes.

Alliances régionales

Australie + Pacifique : bloc cohérent. Îles vulnérables unie derrière Canberra.

Turquie + MENA : la Turquie cherche légitimité, pas d'intérêts conflictuels. Les nations pétrolières (Arabie Saoudite, Qatar) ralentissent traditionnellement, Turquie jouera conciliateur.

UE : toujours leader ambitieuse sur climat, mais tensions internes (Pologne, Hongrie fossiles).

Dynamique des îles menacées

Les PEID (Petits États Insulaires en Développement) : Tuvalu (dites le: TOO-vah-loo), Kiribati, Fidji, Nauru sont littéralement en train de couler. Leurs porte-paroles à COP31 seront inarrêtables.

Le président de Tuvalu a déjà déclaré fin 2024 : « si les riches ne payent pas pour adaptation, nous demandons immigration-climate en masse vers l'Australie ». C'est une menace voilée (mais réelle) pour forcer les riches à prendre l'adaptation au sérieux.

Que peut réellement réaliser COP31 ?

Scénario optimiste

  • Consensus NDC 2.0 → convergence 1.8 °C (amélioration modeste)
  • NCQG fixée 150 Md$/an 2025-2035 → compromis acceptable
  • Loss and Damage Fund opérationnel avec premiers versements
  • Article 6 clarifié sans loopholes majeurs
  • Australie sort renforcée, position Pacifique sécurisée

Scénario réaliste

  • NDC 2.0 repoussées à 2027, consensus faible (rester sur 2.5 °C)
  • NCQG bricolée 100 Md$/an (inflation d'annonces, chiffres fumés)
  • Loss & Damage murs d'argent manquants
  • Article 6 restera nébuleux
  • Australie préside un événement "décent mais pas révolutionnaire"

Pendant ce temps, les impacts réels du changement climatique continuent : sécheresses printanières 2026 et restrictions d'eau en France, incendies de forêts en Europe et prévention en Méditerranée accélèrent — peu de chance que les COP changent rapidement la trajectoire.

Scénario pessimiste

  • Blocages US-Chine, accord minimal
  • Grandes puissances contournent le multilatéralisme (accords bilatéraux)
  • PEID radicalisent (exit Accord de Paris)
  • COP31 symbole de déclin de la gouvernance climatique

Historiquement, les COP oscillent entre réaliste et pessimiste. Optimiste c'est rare (Paris 2015 exception).

Préparation régionale : réunion pré-COP Pacifique

Une pré-COP sera organisée dans le Pacifique (probablement Fidji ou Samoa), co-dirigée par Australie. C'est l'occasion pour les îles de nouer stratégie commune, obtenir engagement préalable d'Australie sur financement additionnel.

Cela annonce une COP31 où le bloc Pacifique aura vraiment du poids.

Que surveiller entre février et novembre 2026

  • Février-juin : négociations techniques préparatoires entre délégations
  • Juillet-septembre : émerge le draft accord ("texte zéro")
  • Octobre : réunions ministérielles avant-dernière minute, tractations finales
  • Novembre : COP31 au tapis, marathons négociatoires 24/7

Les articles de presse augmenteront en intensité à l'approche. Guettez surtout l'évolution des positions US (dépendra élection novembre 2024 -> effets 2025-2026).

Conclusion : COP31 comme point d'inflexion

COP31 arrive à un moment charnière. Paris 2015 a fixé l'objectif ; Katowice 2018 a négocié les règles ; Glasgow 2021 a durci les NDCs un peu ; Charm El-Cheikh 2022 a créé Loss & Damage ; Dubaï 2023 a parlé "transition énergétique".

COP31 doit montrer que ça marche : des dollars réels coulent, des NDCs 2.0 arrivent concrets, des émissions baissent vraiment au Sud et Nord.

Avec Australie à la présidence, le Pacifique a une voix. Avec la Turquie en hôte, les enjeux méditerranéens (submersion, résilience côtière) résonnent.

C'est une COP regionalized (pas générique comme d'habitude). Cela peut améliorer soit les résultats soit créer des clivages. À suivre novembre 2026.

Sources

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