COP30 à Belém : bilan des négociations climatiques de 2025

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Deux semaines de négociations, une nuit blanche, 27 heures de prolongation — et un texte adopté sans enthousiasme. La COP30 s'est achevée le 22 novembre 2025 à Belém, au cœur de l'Amazonie brésilienne, sur un accord qualifié "a minima" par plusieurs délégations européennes. Dix ans après l'Accord de Paris, cette conférence devait marquer le passage de la promesse à l'action. Le bilan est plus nuancé.

Une COP sous haute tension géopolitique

La 30e Conférence des Parties à la CCNUCC (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques) s'est ouverte le 10 novembre 2025 dans un climat diplomatique particulièrement hostile. Première COP organisée en Amazonie, elle portait une charge symbolique immense — mais les obstacles étaient tout aussi considérables.

Le contexte : 2024, année record

L'année 2024 a été confirmée comme la plus chaude jamais enregistrée, avec une anomalie de +1,55 °C par rapport à l'ère préindustrielle selon le service Copernicus. Pour la première fois, la barre symbolique des 1,5 °C a été dépassée en moyenne annuelle. Ce constat a jeté une ombre sur les négociations : l'objectif central de l'Accord de Paris apparaît désormais hors de portée sans un dépassement temporaire (overshoot) reconnu par l'ONU elle-même.

Le retrait américain en toile de fond

Quelques mois avant la COP30, les États-Unis ont officialisé leur retrait de l'Accord de Paris, deuxième retrait sous une présidence Trump. Le premier émetteur historique de gaz à effet de serre absent de la table de négociation a fragilisé l'ensemble du processus. Les négociateurs européens se sont retrouvés face à un front uni BRICS — États arabes peu enclins aux concessions.

La présidence brésilienne

Le Brésil, hôte de cette édition, portait une ambition double : montrer son leadership climatique sous la présidence Lula et placer la question des forêts tropicales au centre des discussions. Le président de la COP30, André Correa do Lago, a joué la carte du pragmatisme en regroupant les quatre dossiers les plus explosifs en un seul texte — le Mutirão — pour éviter un échec total sur chaque volet pris isolément.

L'accord Mutirão : un effort collectif au résultat tiède

Le terme "Mutirão" vient des langues tupi-guarani et désigne un travail communautaire réalisé dans un esprit de solidarité. Adopté par 194 pays, ce texte central regroupe quatre volets de négociation accompagnés de dix-sept décisions complémentaires.

Atténuation : l'ambition sans le calendrier

L'accord réaffirme l'objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C et reconnaît que les contributions déterminées au niveau national (CDN) déposées par les États restent "globalement insuffisantes". Un "Global Implementation Accelerator" a été lancé — une initiative volontaire pour accélérer la mise en œuvre des engagements. Le mot-clé est "volontaire" : rien de contraignant.

Pour ceux qui suivent la dynamique climatique depuis l'Accord de Paris, le constat est familier. Les CDN cumulées mènent toujours vers un réchauffement de 2,6 à 2,8 °C d'ici 2100 selon l'ONU Environnement. L'écart entre les promesses et la trajectoire réelle ne se réduit pas.

Financement : la promesse des 1 300 milliards

Le volet financier constitue l'avancée la plus tangible de Belém. La feuille de route Bakou-Belém fixe un objectif de mobilisation de 1 300 milliards de dollars par an d'ici 2035, incluant financements publics, privés et banques multilatérales de développement. L'adaptation climatique devrait voir ses financements triplés, passant potentiellement à 120 milliards de dollars annuels.

Un Cadre mondial de responsabilité en matière de finance climatique a également été lancé pour renforcer la transparence des flux financiers. Le fonds pour les pertes et dommages, créé à la COP27 et opérationnalisé à la COP28, a vu ses cycles de reconstitution confirmés — même si sa capitalisation reste très insuffisante face aux besoins estimés à 400 milliards de dollars par an.

Transition juste : le mécanisme BAM

Le Belem Action Mechanism (BAM) constitue une nouveauté. Ce dispositif volontaire vise à faciliter le partage d'expériences entre pays pour limiter les impacts sociaux de la transition sur les travailleurs et les communautés dépendantes des énergies fossiles. Inspiration directe du modèle sud-africain de transition juste, le BAM reste un cadre de coopération sans force contraignante.

Le grand absent : la sortie des combustibles fossiles

C'est la déception majeure de Belém. À la COP28 de Dubaï (décembre 2023), les 198 parties avaient adopté le "Consensus des Émirats" appelant à "transitionner hors des combustibles fossiles". Deux ans plus tard, le texte final de la COP30 ne mentionne même plus les énergies fossiles.

Que s'est-il passé ?

La Russie, l'Arabie saoudite, l'Inde et plusieurs pays du Golfe ont formé un bloc de résistance systématique. Chaque formulation faisant référence aux fossiles a été vidée de sa substance au fil des itérations du texte. La présidence brésilienne, soucieuse d'aboutir à un accord consensuel, n'a pas forcé le passage.

Greenpeace a dénoncé ce recul sans ambiguïté. Selon Jasper Inventor, directeur adjoint du programme chez Greenpeace International : "La COP30 a démarré dans un élan d'ambition mais s'est terminée dans la déception. Le résultat n'est pas à la hauteur de l'urgence."

La feuille de route renvoyée à la COP31

En guise de compromis, André Correa do Lago a annoncé le lancement d'une "feuille de route pour surmonter notre dépendance aux fossiles", mais négociée en dehors du processus officiel de la CCNUCC, avec les seuls États volontaires. Ses résultats seront présentés à la COP31, prévue à Antalya (Turquie) fin 2026. L'Union européenne et les petits États insulaires, qui réclamaient un calendrier contraignant, ont dû se résigner.

Les avancées concrètes qu'il ne faut pas ignorer

Malgré un bilan global décevant, la COP30 a produit plusieurs résultats qu'il serait injuste de passer sous silence.

Lutte contre la désinformation climatique

Pour la première fois dans l'histoire des COP, un texte officiel reconnaît la nécessité de lutter contre la désinformation climatique et les discours qui sapent l'action fondée sur la science. Dans un contexte où les campagnes de déni climatique se professionnalisent, cette reconnaissance constitue un précédent utile.

Sommet méthane

La Chine, le Royaume-Uni, la France et la présidence brésilienne ont coorganisé un sommet dédié au méthane le 9 novembre 2025. Des engagements volontaires de réduction ont été pris. Le méthane, dont le pouvoir de réchauffement est 80 fois supérieur au CO2 sur vingt ans, représente le levier le plus rapide pour ralentir le réchauffement à court terme.

Taxe carbone maritime

L'Organisation maritime internationale (OMI) a avalisé une taxe carbone à 100 dollars par tonne de CO2 pour le transport maritime, applicable dès 2027. Cette mesure, négociée en parallèle, devrait générer environ 60 milliards de dollars par an pour le financement climatique.

Fonds pour les forêts tropicales

La Tropical Forest Finance Facility (TFFF), dotée de 5,5 milliards de dollars, marque une avancée pour la protection des forêts tropicales. Au moins 20 % des fonds sont fléchés vers les peuples autochtones et communautés locales.

Ce que Belém révèle de la diplomatie climatique

La fin du multilatéralisme ambitieux ?

Le schéma se répète depuis la COP21 : chaque conférence promet plus qu'elle ne livre, reporte les engagements contraignants à la suivante et produit des formulations suffisamment vagues pour satisfaire tout le monde sans engager personne. La COP30 a poussé cette logique à son paroxysme.

Le document final affirme que la transition vers un développement bas carbone est "irréversible" — une déclaration audacieuse quand le premier émetteur historique quitte la table et que les pays producteurs de fossiles bloquent toute mention de sortie. L'irréversibilité proclamée contraste avec la réversibilité des engagements.

Le poids croissant du bloc BRICS

L'alliance informelle entre la Chine, l'Inde, le Brésil, la Russie et les pays du Golfe a pesé de tout son poids à Belém. Ce bloc refuse la distinction historique entre pays développés (responsables du réchauffement) et pays en développement (qui en subissent les conséquences), arguant que la transition doit respecter le "droit au développement". L'UE, longtemps locomotive des négociations, peine à imposer son agenda face à ce front commun.

Le rôle des acteurs non étatiques

Face aux blocages intergouvernementaux, les engagements des villes, régions et entreprises prennent une importance croissante. La COP30 a vu la multiplication d'annonces sectorielles en marge des négociations officielles. La question est de savoir si cette "diplomatie climatique par le bas" peut compenser l'inertie des États. La trajectoire de neutralité carbone de la France illustre cet écart entre ambition nationale et mise en œuvre réelle.

Perspectives : la COP31 sera-t-elle différente ?

La prochaine conférence climatique se tiendra fin 2026 à Antalya, en Turquie, mais sera organisée sous pavillon australien. Elle devra répondre à plusieurs questions laissées en suspens par Belém :

  • Les feuilles de route sur les fossiles promises par la présidence brésilienne auront-elles produit des résultats concrets ?
  • Les 1 300 milliards de dollars annuels sont-ils un objectif réaliste ou une chimère comptable ?
  • Les CDN de troisième génération seront-elles enfin alignées sur la trajectoire de 1,5 °C ?

L'optimisme raisonnable supposerait de répondre oui à au moins une de ces questions. L'expérience des trente dernières COP invite à la prudence. Comme le résumait le Parlement européen dans son bilan officiel : "Des progrès lents, insuffisants face à l'urgence climatique." L'horloge tourne, les émissions augmentent, et la fenêtre pour un atterrissage en dessous de 2 °C se referme un peu plus chaque année.

Sources

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