55 décisions adoptées, 1 300 milliards de dollars promis, zéro engagement concret sur les énergies fossiles. La COP30, qui s'est tenue du 6 au 22 novembre 2025 à Belém au Brésil, a accouché d'un bilan contrasté. Entre avancées financières réelles et renoncements stratégiques, retour sur les résultats d'une conférence sous haute tension géopolitique.
Le Mutirão : un accord fleuve en quatre volets
Le texte phare de la COP30 porte le nom de Mutirão — un terme brésilien désignant un effort collectif. Ce n'est pas un hasard : la présidence brésilienne a regroupé quatre pistes de négociation explosives en un seul accord consensuel pour éviter un blocage total.
Les quatre volets du Mutirão
- Atténuation : renforcement des contributions nationales (NDC) alignées sur l'objectif de 1,5 °C de l'Accord de Paris
- Financement climatique : cadre pour mobiliser 1 300 milliards de dollars par an d'ici 2035
- Adaptation : triplement du financement de l'adaptation d'ici 2035
- Commerce et barrières : articulation entre mesures climatiques et règles commerciales internationales
Au total, la COP30 a produit 55 décisions : 20 adoptées par la COP30 elle-même, 27 par la CMA7 (conférence des Parties à l'Accord de Paris) et 8 par la CMP20 (protocole de Kyoto). Un volume considérable, mais dont la substance fait débat.
Financement climatique : des promesses à 1 300 milliards
La feuille de route Bakou-Belém
Le principal acquis financier de la COP30 est la feuille de route Bakou-Belém (Baku-to-Belém Roadmap), qui fixe un objectif de mobilisation de 1 300 milliards de dollars par an d'ici 2035 pour le financement climatique. Ce montant inclut les financements publics des pays développés, les financements privés mobilisés et les contributions des banques multilatérales de développement.
Adaptation : le parent pauvre enfin reconnu
L'accord prévoit de tripler le financement de l'adaptation d'ici 2035. Sur les 300 milliards de dollars annuels qui devraient théoriquement bénéficier aux pays en développement, environ 120 milliards seraient fléchés vers l'adaptation et la résilience climatique. C'est une avancée significative : historiquement, l'adaptation ne captait que 20 à 25 % des financements climatiques, l'essentiel allant à l'atténuation (réduction des émissions).
Réforme des banques de développement
Le Mutirão appelle à accélérer la réforme des banques multilatérales de développement (Banque mondiale, BAfD, BAsD) pour faciliter l'accès des pays vulnérables aux financements. Instruments innovants mis en avant : garanties, finance mixte (blended finance) et échanges dette-climat (debt-for-climate swaps). Ces mécanismes visent à dépasser les seuls engagements souverains et à impliquer le secteur privé à grande échelle.
Forêts tropicales : un fonds dédié de 5,5 milliards
La Facilité de financement des forêts tropicales (TFFF)
La COP30 a officialisé le lancement de la Tropical Forest Finance Facility (TFFF), un fonds d'investissement abondé par 53 pays et des entreprises privées. Le montant collecté atteint 5,5 milliards de dollars, destinés à financer la préservation et la restauration des forêts tropicales.
La part des peuples autochtones
Point notable : au moins 20 % des ressources du TFFF sont directement reversés aux peuples autochtones et aux communautés locales. Cette disposition reconnaît leur rôle central dans la préservation des écosystèmes forestiers, une revendication portée depuis des années par les organisations indigènes amazoniennes.
Des critiques persistantes
Le fonds n'échappe pas aux critiques. La Global Forest Coalition dénonce une "fausse solution" relevant du "capitalisme vert", arguant que le TFFF permet à des entreprises polluantes de compenser leurs émissions sans réduire leur empreinte réelle. Le débat entre conservation marchande et protection systémique des forêts reste ouvert.
Énergies fossiles : le grand absent de Belém
Le recul par rapport à Dubaï
À la COP28 de Dubaï (décembre 2023), les 198 parties avaient adopté un texte historique appelant à "transitionner hors des combustibles fossiles". Deux ans plus tard, la COP30 de Belém n'a pas réussi à renforcer cet engagement. Pire : le texte final du Mutirão ne mentionne pas explicitement la sortie des énergies fossiles.
Des "feuilles de route" renvoyées à plus tard
Face aux blocages menés par les pays producteurs de pétrole et de gaz, la présidence brésilienne a proposé un compromis : l'élaboration de "feuilles de route" nationales sur la transition énergétique, dont les résultats seront présentés à la COP31 (Australie, 2026). L'Union européenne et les petits États insulaires, qui réclamaient un calendrier contraignant de sortie des fossiles, ont dû se résigner à cette solution dilatoire.
Ce que ça signifie concrètement
L'absence d'engagements contraignants sur les fossiles à Belém pose un problème arithmétique simple : la somme des contributions nationales (NDC) présentées à la COP30 ne suffit pas à maintenir la trajectoire de 1,5 °C. Selon le bilan de l'ONU Environnement, les politiques actuelles mènent vers un réchauffement de 2,6 à 2,8 °C d'ici la fin du siècle. L'effet de serre continue de s'intensifier faute de réductions suffisantes. Sans réduction massive des combustibles fossiles, les engagements financiers restent un pansement sur une hémorragie.
Les autres décisions notables
Pertes et préjudices
Le fonds pour les pertes et préjudices (Loss and Damage Fund), créé à la COP27, a reçu de nouvelles contributions à Belém. Mais son capitalisation reste insuffisante au regard des besoins estimés à 400 milliards de dollars par an pour les pays les plus vulnérables.
Article 6 et marchés carbone
Des avancées techniques ont été enregistrées sur l'Article 6 de l'Accord de Paris, qui encadre les échanges de crédits carbone entre pays. La taxe carbone aux frontières (MACF) entrée en vigueur en Europe complète ce dispositif. Les règles de transparence et de comptabilité ont été clarifiées, ouvrant potentiellement la voie à un marché carbone international plus crédible.
Contribution du secteur maritime
La COP30 a salué l'accord de l'Organisation maritime internationale (OMI) sur une taxe carbone maritime à 100 dollars par tonne de CO2, applicable dès 2027. Cette mesure, négociée en parallèle, devrait générer environ 60 milliards de dollars par an pour le financement climatique.
Un bilan en demi-teinte
Ce qui a avancé
- Financement : objectif de 1 300 milliards par an formalisé, adaptation enfin priorisée
- Forêts : fonds TFFF opérationnel, inclusion des peuples autochtones
- Mécanismes : réforme des banques de développement, instruments financiers innovants
- Maritime : taxe carbone OMI à 100 dollars la tonne
Ce qui manque
- Fossiles : aucune feuille de route contraignante, recul par rapport à la COP28
- Ambition : les NDC cumulées restent incompatibles avec l'objectif de 1,5 °C
- Mise en oeuvre : les 1 300 milliards restent un objectif, pas un engagement juridique contraignant
- Pertes et préjudices : fonds sous-capitalisé face aux besoins réels
Le verdict
La COP30 de Belém a consolidé l'architecture financière de l'action climatique sans résoudre son problème fondamental : la dépendance mondiale aux combustibles fossiles. Le Paquet Mutirão offre des outils, mais pas la volonté politique d'en finir avec le charbon, le pétrole et le gaz. Les regards se tournent désormais vers la COP31, prévue en Australie fin 2026, où les "feuilles de route" promises à Belém devront se concrétiser — ou révéler leur vacuité. Pour un panorama complet de l'année, consultez notre bilan environnement 2025.




