Du 8 au 18 aout 2025, la France a connu une vague de chaleur d'une intensite qualifiee d'« historique » par Meteo-France. Pendant onze jours, le thermometre a depasse les 40 °C a 32 reprises dans les stations francaises, 78 departements ont ete places en vigilance orange ou rouge, et le bilan sanitaire s'est avere dramatique : plus de 1 200 deces supplementaires. Retour sur un episode caniculaire qui a marque l'ete 2025 et confirme l'acceleration des evenements extremes lies au rechauffement climatique.
Chronologie d'un episode hors normes
Une montee en puissance fulgurante
Apres un debut de mois d'aout relativement frais, un dome de chaleur s'est installe sur la moitie sud de la France a partir du 8 aout. Alimente par une remontee d'air saharien et amplifie par la secheresse des sols — qui accentue l'echauffement de l'air par manque d'evapotranspiration —, l'episode a rapidement atteint des niveaux exceptionnels.
Il s'agissait de la deuxieme vague de chaleur de l'ete 2025, apres un premier episode entre le 19 juin et le 6 juillet. C'etait aussi la 51e vague de chaleur repertoriee par Meteo-France depuis 1947.
Onze jours de fournaise
La canicule a dure du 8 au 18 aout, soit onze jours consecutifs de temperatures extremes. Pres de 80 % de la superficie nationale a ete concernee, seul le quart nord-ouest etant relativement epargne. Au pic de l'episode, 78 departements etaient en vigilance orange ou rouge canicule.
Les records de temperatures
Des valeurs inedites dans le Sud-Ouest
Les temperatures maximales atteintes pendant l'episode defient les references historiques :
| Station | Temperature | Remarque |
|---|---|---|
| Angouleme | 42,5 °C (11 aout) | Record absolu de la station |
| Bergerac | 42,3 °C | Record absolu |
| Bordeaux | 41,6 °C | Valeur inedite |
| Carcassonne | Superieure a 2003 | Moyenne de l'episode plus chaude qu'en 2003 |
| Cognac | Superieure a 2003 | +1 a +2 °C vs canicule 2003 |
| Toulouse | 9 jours au-dessus de 35 °C | Record de duree |
Au total, 51 records absolus de temperatures ont ete enregistres dans le Sud-Ouest pendant le seul mois d'aout. A Carcassonne, Cognac, Toulouse et Bordeaux, les temperatures maximales moyennes pendant l'episode ont depasse celles de la canicule historique de 2003 de un a deux degres.
En altitude aussi
Fait particulierement significatif : la chaleur a touche les zones de montagne. A Val-d'Isere, a 1 850 metres d'altitude, le thermometre a affiche 25,4 °C le 19 septembre (fin des suites de l'episode), une valeur aberrante pour cette altitude.
Des nuits sans repit
Les nuits tropicales — ou la temperature ne descend pas en dessous de 20 °C — se sont enchaînées pendant toute la duree de l'episode. Les sequences les plus longues ont dure 11 jours consecutifs a Nice, Sete et Perpignan.
Les records nocturnes :
- 27,8 °C a Narbonne le 16 aout — nuit la plus chaude
- 23,6 °C a Bergerac le 13 aout — record nocturne pour la station
L'absence de fraicheur nocturne est un facteur aggravant majeur pour la sante : le corps ne peut pas recuperer, ce qui augmente le risque de coup de chaleur, de deshydratation severe et de decompensation chez les personnes fragiles.
Le bilan sanitaire : plus de 1 200 deces supplementaires
La surmortalite en chiffres
Selon les donnees de Sante publique France, la canicule d'aout 2025 a provoque plus de 1 200 deces supplementaires par rapport a la mortalite attendue. Les victimes sont principalement :
- Des personnes agees de plus de 75 ans vivant seules
- Des patients atteints de pathologies chroniques (cardiovasculaires, respiratoires)
- Des personnes sans acces a la climatisation ou a un reseau de soutien social
- Des travailleurs exposes en exterieur (BTP, agriculture, logistique)
Une hausse de 37 % des passages aux urgences
Le dispositif national de surveillance sanitaire (SurSaUD) a enregistre une hausse de 37 % des passages aux services d'urgence pendant l'episode, principalement pour deshydratation, coups de chaleur, malaises et decompensation de pathologies chroniques.
Rappel : la premiere vague de l'ete
Pour memoire, la premiere vague de chaleur de l'ete (19 juin - 6 juillet) avait deja provoque « au moins 480 deces supplementaires », soit une surmortalite de 5,5 % selon Sante publique France. Le cumul des deux episodes porte le bilan de l'ete a un niveau comparable aux annees les plus mortelles.
L'incendie de Ribaute : un mega-feu hors normes
11 133 hectares partis en fumee
Consequence directe de la secheresse et de la canicule, l'incendie de Ribaute dans l'Aude, declenche debut aout, a atteint une superficie de 11 133 hectares brules. C'est l'un des plus importants incendies de foret jamais enregistres en France metropolitaine.
Le feu s'est propage a une vitesse exceptionnelle dans une vegetation mediterraneenne dessechee par plusieurs semaines sans precipitations et des temperatures extremes. Les moyens de lutte deployes — Canadair, moyens terrestres, renforts interregionaux — ont permis d'eviter des pertes humaines, mais les degats ecologiques et materiels sont considerables.
Un avertissement pour l'avenir
Les climatologues et les gestionnaires forestiers s'accordent sur un point : les mega-incendies vont devenir plus frequents et plus intenses en France mediterraneenne, et s'etendre progressivement vers le nord. Le modele de lutte actuel — fonde sur l'intervention rapide — atteint ses limites face a des feux alimentes par des conditions meteorologiques extremes.
L'ete 2025 dans le contexte climatique
3e ete le plus chaud depuis 1900
Avec une temperature moyenne de 22,2 °C et une anomalie de +1,9 °C par rapport a la normale 1991-2020, l'ete 2025 se classe au 3e rang des etes les plus chauds depuis 1900, derriere 2003 (+2,7 °C) et 2022 (+2,3 °C).
L'ete 2025 cumule 27 jours en vague de chaleur, ce qui le place au deuxieme rang derriere 2022 (33 jours). Les deux canicules (juin et aout) representent quatre semaines de conditions caniculaires sur trois mois.
La multiplication des extremes
Les chiffres sont sans ambiguite : avant les annees 2000, Meteo-France n'avait recense que 17 vagues de chaleur depuis 1947. Depuis 2000, on en comptabilise deja 34. L'agroclimatologue Serge Zaka estime qu'il y a desormais 19 fois plus de jours a 40 °C depuis les annees 2000 et quatre fois plus de canicules qu'au siecle precedent.
Un apercu de la normalite future
Selon la Trajectoire de rechauffement de reference pour l'adaptation au changement climatique (TRACC), un ete comme celui de 2025 serait considere comme banal dans une France rechauffee de +2,7 °C (horizon 2050) et frais dans une France a +4 °C (horizon 2100).
Les enseignements pour la gestion de crise
Ce qui a fonctionne
Le plan national canicule, mis en place apres la catastrophe de 2003, a permis de limiter le bilan. Les alertes meteo anticipees, l'activation des registres communaux de personnes vulnerables et les messages de prevention ont contribue a reduire l'impact sanitaire. Sans ces dispositifs, le bilan aurait vraisemblablement ete beaucoup plus lourd.
Ce qui doit progresser
Plusieurs faiblesses persistent :
- Le parc de logements : des millions de logements francais sont des « passoires thermiques » qui deviennent invivables en canicule. La renovation energetique, qui isole aussi contre la chaleur, avance trop lentement.
- Les travailleurs en exterieur : le droit du travail ne prevoit toujours pas d'obligation claire d'arret d'activite en cas de canicule extreme. Les secteurs du BTP et de l'agriculture paient le prix le plus lourd.
- Les espaces urbains : les ilots de chaleur urbains amplifient les temperatures de 2 a 8 °C dans les centres-villes. La vegetalisation et la desimpermeabilisation des sols restent des chantiers embryonnaires dans la plupart des agglomerations.
- L'acces a l'eau : la canicule a revele des tensions sur la ressource en eau dans plusieurs departements du Sud, avec des restrictions d'usage et des problemes d'approvisionnement en eau potable.
Ce qu'il faut retenir
La canicule d'aout 2025 restera comme l'une des plus intenses jamais enregistrees en France : 11 jours, 51 records absolus, plus de 1 200 deces supplementaires et un mega-incendie de 11 133 hectares. Cet episode n'est pas une anomalie : il s'inscrit dans une tendance lourde d'intensification des extremes climatiques. L'adaptation — renovation du bati, protection des travailleurs, vegetalisation urbaine, gestion de l'eau — n'est plus une option. C'est un imperatif de sante publique et de cohesion sociale.



