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Budget 2026 : le Fonds vert divisé par 4 — qui paie quand l'État se défile ?

Par Jennifer D.

6 min de lecture
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Le chiffre est net. Le Fonds vert — créé en 2023 pour financer les projets de transition écologique des collectivités territoriales — était doté de 2,5 milliards d'euros en 2024. En 2025, il a été ramené à 1,15 milliard. Dans le projet de loi de finances 2026 présenté par le gouvernement, il tombe à 650 millions. En deux exercices budgétaires, l'enveloppe a été divisée par quatre. Cette trajectoire n'a rien d'accidentel.

Une coupe structurelle, pas conjoncturelle#

Le gouvernement a présenté ces réductions comme des mesures d'économies face à la contrainte budgétaire. Le ministre de la Transition écologique a tenu à préciser que "l'environnement ne serait pas une variable d'ajustement". Les chiffres racontent une autre histoire.

Le Fonds vert avait été conçu pour financer des projets concrets dans les territoires : rénovation des bâtiments publics, mobilités douces, renaturation, adaptation au changement climatique. Selon une étude citée par Zero Waste France, 64 % des collectivités interrogées estimaient que leurs projets verts n'auraient pas été réalisés sans ces subventions. Le signal envoyé par la coupe de 2026 n'est pas seulement financier — il est stratégique.

MaPrimeRénov' a subi une réduction de l'ordre de 600 millions d'euros dans les arbitrages budgétaires, avec une concentration des aides sur les ménages les plus modestes et les rénovations les plus performantes. Le gouvernement cadre cela comme une rationalisation. Les professionnels du secteur y voient une contraction significative du marché de la rénovation énergétique au moment précis où la France doit accélérer pour tenir ses objectifs climatiques.

Ce que perdent concrètement les collectivités#

Pour une commune de taille moyenne, le Fonds vert représentait un levier de cofinancement pour des projets qu'elle n'aurait pas pu porter seule. Isolation de la mairie, création de pistes cyclables, végétalisation de cours d'école, remplacement de la flotte de véhicules municipaux. Avec une enveloppe divisée par quatre, les dossiers sélectionnés seront mécaniquement moins nombreux — et les critères de sélection, plus exigeants.

Plusieurs associations d'élus locaux ont exprimé leur inquiétude. La DGF (dotation globale de fonctionnement) reste gelée. Le DILICO — dispositif d'incitation à la limitation de la consommation foncière — est doublé, ce qui représente une nouvelle contrainte réglementaire sans contrepartie financière équivalente. La combinaison de ces mesures crée un effet de ciseau : moins de ressources disponibles, plus d'obligations.

Les collectivités les plus petites, celles qui n'ont pas de service dédié pour monter des dossiers européens (FEDER, LIFE, etc.), sont les plus exposées. Elles dépendaient davantage des guichets nationaux simples d'accès.

L'impact sur les PME greentech#

Le secteur des petites et moyennes entreprises spécialisées dans la transition énergétique — installateurs de pompes à chaleur, bureaux d'études en efficacité énergétique, entreprises de rénovation thermique — est directement connecté aux flux de subventions publiques.

La logique est mécanique : quand MaPrimeRénov' baisse, les ménages reportent leurs travaux. Quand le Fonds vert diminue, les marchés publics des collectivités se raréfient. Les carnets de commandes des PME greentech se contractent. Plusieurs fédérations professionnelles ont signalé des baisses d'activité dès le second semestre 2025, anticipant les effets des coupes annoncées.

Pour ces entreprises, le risque n'est pas seulement de perdre du chiffre d'affaires. C'est de licencier des techniciens qualifiés, difficilement remplaçables une fois la reprise venue. La transition écologique est une affaire de compétences accumulées — et celles-ci se détruisent plus vite qu'elles ne se reconstituent.

Qui absorbe la facture ?#

Trois acteurs se retrouvent à porter ce que l'État n'assume plus.

Les ménages propriétaires d'abord. Ceux qui avaient intégré MaPrimeRénov' dans leur plan de financement de rénovation doivent soit reporter, soit trouver d'autres sources. Les banques proposent des prêts verts, mais à des taux qui ne compensent pas la perte de subvention pour les foyers intermédiaires.

Les collectivités ensuite. Certaines choisissent de maintenir leurs ambitions en contractant des emprunts à long terme. C'est une option pour les grandes villes disposant de capacités d'endettement. Pour les communes rurales ou les intercommunalités en tension financière, ce n'est pas réaliste.

L'Union européenne enfin joue un rôle croissant. Les fonds européens — Fonds de cohésion, FEDER, instrument REPowerEU — représentent des ressources mobilisables, mais avec des délais, une complexité administrative et une logique de cofinancement qui suppose que l'acteur local dispose lui-même d'une part du financement. Exactement ce que les coupes nationales compromettent.

Le paradoxe des objectifs climatiques#

La France s'est engagée à atteindre la neutralité carbone en 2050 et à réduire ses émissions de 55 % d'ici 2030 par rapport à 1990. Ces objectifs supposent une accélération massive des investissements dans la rénovation thermique des bâtiments, les mobilités décarbonées, l'adaptation des territoires.

Or les budgets publics dédiés à ces objectifs diminuent. La contradiction n'est pas de détail — elle est centrale. Soit les objectifs sont révisés (officiellement ou de fait), soit le financement privé prend massivement le relais, soit les collectivités s'endettent. Aucune de ces trois options n'est sans conséquences.

Le budget vert publié par Bercy en même temps que le PLF 2026 tente de documenter les dépenses "favorables" à l'environnement dans l'ensemble du budget de l'État. L'exercice de transparence est utile. Mais il ne change pas la réalité de ce que les territoires ont dans leur trésorerie pour financer la transition concrète.

La question posée par les coupes du Fonds vert en 2026 est simple, même si la réponse ne l'est pas : dans quel ordre de grandeur doit se faire l'investissement de transition, et qui le porte ? L'État, les collectivités, les ménages, les entreprises ? Faute de réponse explicite, c'est la contrainte financière immédiate qui décide — et elle ne décide pas en faveur du climat.


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Sources#

JD

Jennifer D.

Journaliste d'investigation

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