Biodiversité urbaine : la nature en ville, état des lieux en France

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80 % de la population française vit en zone urbaine. C'est dans les villes que se joue, pour l'essentiel, le rapport quotidien des Français à la nature. Or, les espaces urbains ne sont pas des déserts biologiques. Un inventaire mené par le Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) recense plus de 2 600 espèces de plantes vasculaires en milieu urbain en France métropolitaine, soit près de 40 % de la flore nationale. Le paradoxe est là : la ville détruit des habitats, mais elle en crée aussi.

Ce que l'on sait de la biodiversité urbaine en France

Les connaissances sur la biodiversité urbaine ont considérablement progressé depuis 15 ans, portées par les programmes de science participative et les atlas communaux de la biodiversité.

Les programmes Atlas de la biodiversité communale (ABC)

Lancé en 2010 par le ministère de l'Écologie et relancé avec un financement renforcé par l'OFB en 2020, le programme ABC permet aux communes de réaliser un inventaire exhaustif de leur patrimoine naturel. En 2025, plus de 3 200 communes ont achevé ou engagé un ABC, couvrant environ 25 % de la population française.

Les résultats sont souvent surprenants. L'ABC de Lyon (2019-2022) a identifié 1 847 espèces animales et végétales sur le territoire de la métropole, dont 38 espèces d'orchidées sauvages et 14 espèces de chauves-souris. L'ABC de Rennes a documenté 1 200 espèces de champignons dans les parcs et jardins publics.

Les espèces emblématiques

Certaines espèces sont devenues des indicateurs de la santé écologique des villes :

  • Faucon pèlerin : nicheur dans plus de 30 villes françaises en 2025, contre 3 en 2000. Il profite des hautes structures urbaines (cathédrales, tours) qui imitent ses falaises naturelles
  • Hérisson d'Europe : en déclin de 70 % en 20 ans selon la LPO, victime des routes, des pesticides de jardins et de la fragmentation des espaces verts
  • Hirondelle de fenêtre : en recul de 40 % depuis 2000 dans les villes, faute de sites de nidification (ravalement des façades, destruction des nids) et de nourriture (déclin des insectes)
  • Martinets noirs : espèce protégée qui niche sous les toits des bâtiments anciens, menacée par les rénovations thermiques non adaptées

Le déclin des insectes volants, documenté à l'échelle nationale, affecte directement les villes. Les relevés du programme STELI (Suivi temporel des libellules) montrent une baisse de 30 % des populations de libellules urbaines en 10 ans, en lien avec la dégradation des points d'eau et la pollution lumineuse.

Les trames vertes et bleues urbaines

La Trame verte et bleue (TVB), instaurée par le Grenelle de l'environnement en 2007, constitue le cadre national de la connectivité écologique. En milieu urbain, son application se traduit par l'identification et la préservation de corridors écologiques reliant les réservoirs de biodiversité.

Comment ça fonctionne

La TVB repose sur deux composantes :

  • Trame verte : continuités terrestres (parcs, jardins, friches, alignements d'arbres, talus ferroviaires, cimetières)
  • Trame bleue : continuités aquatiques et humides (rivières, canaux, mares, bassins de rétention, noues paysagères)

Les Schémas régionaux de cohérence écologique (SRCE), déclinés dans les Plans locaux d'urbanisme (PLU), identifient les corridors à préserver. En 2025, 85 % des communes de plus de 20 000 habitants ont intégré un volet TVB dans leur PLU, selon le CEREMA.

Exemples de mise en œuvre

Plusieurs métropoles françaises ont engagé des programmes ambitieux :

  • Strasbourg : la « ceinture verte » de 500 hectares autour du centre-ville a été classée zone de protection forte, interdisant toute construction. La ville a également créé 200 mares urbaines depuis 2015 pour renforcer la trame bleue
  • Montpellier : le programme « Nature en ville » a planté 50 000 arbres en 5 ans et créé 12 hectares de prairies urbaines fleuries sur d'anciennes friches
  • Nantes : le « parcours Erdre » relie 18 km de corridors écologiques le long de la rivière, avec des passages à faune sous les routes et une gestion différenciée des berges
  • Paris : le programme « Parisculteurs » a végétalisé 100 hectares de toitures et façades depuis 2016, créant de nouveaux habitats pour les pollinisateurs urbains

La gestion écologique des espaces verts

Le passage à la gestion écologique (ou différenciée) des espaces verts est un levier majeur pour la biodiversité urbaine. Il consiste à adapter l'entretien à la vocation de chaque espace : tonte rase dans les aires de jeux, fauchage tardif dans les prairies, absence d'entretien dans les zones refuges.

La loi Labbé et ses effets

L'interdiction des pesticides de synthèse dans les espaces verts publics (loi Labbé, 2017) a eu un effet mesurable. L'Observatoire des villes vertes recense une augmentation de 35 % des espèces de plantes spontanées dans les espaces verts gérés sans pesticides en 5 ans. Les « herbes folles » qui poussent dans les interstices du pavé ne sont plus systématiquement arrachées : cette tolérance nouvelle favorise des plantes mellifères comme le pissenlit, le trèfle blanc et la cardamine.

Le label EcoJardin

Le label EcoJardin, créé en 2012, certifie les espaces verts gérés selon des critères écologiques stricts : absence de pesticides, limitation de l'arrosage, gestion des déchets verts sur place, favorisation de la biodiversité locale. En 2025, plus de 750 sites sont labellisés en France, représentant 15 000 hectares.

Les limites de la nature en ville

Malgré les progrès, la biodiversité urbaine fait face à des pressions croissantes que les politiques actuelles ne parviennent pas à enrayer.

L'artificialisation continue

La France artificialise environ 20 000 hectares par an, dont 70 % en périphérie des villes. L'étalement urbain grignote les espaces semi-naturels qui servaient de zones tampons et de réservoirs de biodiversité. La loi Climat et Résilience (2021) fixe l'objectif de diviser par deux le rythme d'artificialisation d'ici 2031, mais les décrets d'application peinent à se traduire en résultats concrets dans les PLU intercommunaux.

La fragmentation

Les infrastructures de transport (routes, voies ferrées, périphériques) créent des barrières infranchissables pour de nombreuses espèces. Le hérisson, qui a besoin d'un territoire de 30 à 50 hectares, est particulièrement touché : les routes tuent 150 000 à 200 000 hérissons par an en France, selon la LPO. Les passages à faune urbains restent rares et leur efficacité est variable.

La pollution lumineuse et sonore

L'éclairage nocturne affecte 80 % des insectes nocturnes (désorientation, épuisement, prédation accrue). Le bruit urbain perturbe la communication des oiseaux chanteurs, qui doivent modifier la fréquence de leurs chants pour se faire entendre, avec des effets sur la reproduction documentés par le CNRS.

Les espèces exotiques envahissantes

Les villes sont des points d'entrée privilégiés pour les espèces exotiques envahissantes : renouée du Japon, tortue de Floride, perruche à collier. Ces espèces, favorisées par les milieux perturbés, entrent en compétition avec les espèces locales et peuvent modifier la structure des écosystèmes urbains.

Les ÉcoQuartiers : un modèle intégré ?

Le label ÉcoQuartier, délivré par le ministère de la Transition écologique, intègre la biodiversité parmi ses 20 engagements. En 2025, 700 ÉcoQuartiers sont labellisés ou en cours de labellisation en France.

Les quartiers les plus avancés intègrent la biodiversité dès la conception :

  • Confluence à Lyon : 15 hectares d'espaces verts dont 5 hectares de parc en bordure du Rhône, toitures végétalisées, nichoirs à martinets intégrés dans les façades
  • Ginko à Bordeaux : 32 hectares dont un lac de 4 hectares servant de bassin de rétention et d'habitat pour l'avifaune
  • Les Batignolles à Paris : parc de 10 hectares avec gestion écologique intégrée, mare pédagogique, prairies sèches

Mais le label reste perfectible : l'évaluation de la biodiversité repose souvent sur des indicateurs simplistes (nombre d'arbres plantés, surface végétalisée) plutôt que sur la fonctionnalité écologique réelle des aménagements.

FAQ

La biodiversité est-elle plus faible en ville qu'à la campagne ?

Pas nécessairement. Les études du MNHN montrent que certains milieux urbains (parcs, friches, cimetières) hébergent une diversité spécifique comparable ou supérieure à celle des zones d'agriculture intensive. En revanche, la ville sélectionne les espèces généralistes et tolérantes au détriment des espèces spécialistes. La diversité fonctionnelle est donc souvent plus faible qu'en milieu naturel.

Que puis-je faire à mon échelle pour la biodiversité urbaine ?

Laisser un coin de jardin en friche, installer un nichoir ou un hôtel à insectes, supprimer les pesticides, planter des espèces locales mellifères, participer aux programmes de science participative (Vigie-Nature du MNHN). Même un balcon peut accueillir des plantes sauvages et des insectes pollinisateurs.

Les toitures végétalisées sont-elles efficaces pour la biodiversité ?

Ça dépend. Les toitures extensives (sédum) ont un intérêt limité : faible diversité végétale, peu d'accueil pour la faune. Les toitures intensives ou semi-intensives, avec un substrat épais et une végétation diversifiée, peuvent accueillir des communautés d'insectes, d'araignées et d'oiseaux significatives. L'étude de l'INRAE sur les toitures végétalisées de Paris montre que les toitures avec plus de 15 cm de substrat hébergent 3 fois plus d'espèces d'arthropodes.

Sources

  • MNHN, « Inventaire de la flore vasculaire urbaine en France métropolitaine », publication scientifique, 2024
  • OFB, « Atlas de la biodiversité communale — bilan 2020-2025 », rapport de synthèse
  • CEREMA, « Les trames vertes et bleues dans les documents d'urbanisme — état des lieux 2025 »
  • LPO, « Suivi des populations d'oiseaux communs en milieu urbain (STOC-EPS) », bilan 2024
  • Observatoire des villes vertes, « Gestion écologique des espaces verts — bilan national 2025 »
  • Ministère de la Transition écologique, « ÉcoQuartiers — bilan 2025 du label national »
  • INRAE, « Biodiversité des toitures végétalisées en milieu urbain — étude Paris-Lyon-Montpellier », 2024
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