COP30 : l'accord de financement climatique 1 300 milliards explique

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La COP30 de Belem s'est achevee le 22 novembre 2025 sur un accord qualifie de « compromis de survie » par plusieurs delegations. Au terme de negociations eprouvantes — une nuit blanche, une journee de prolongations — les 198 parties ont adopte le « Mutirao », un texte qui officialise l'objectif de mobiliser au moins 1 300 milliards de dollars par an pour les pays en developpement d'ici 2035. Derriere ce chiffre spectaculaire, la realite est plus nuancee. Decryptage d'un accord qui maintient le cadre multilateral sans lever les verrous de l'urgence climatique.

Le contexte : une COP sous haute pression

Dix ans apres l'Accord de Paris

La COP30 se tenait dans un contexte symbolique fort : le dixieme anniversaire de l'Accord de Paris. Mais la celebration etait assombrie par un constat accablant. L'ONU avait tire la sonnette d'alarme quelques semaines avant l'ouverture : la hausse record des emissions de gaz a effet de serre rend « pratiquement impossible » de limiter le rechauffement a 1,5 °C sans un depassement temporaire.

Pour la premiere fois, la moyenne des temperatures mondiales sur les trois dernieres annees (2023-2024-2025) a depasse de plus de 1,5 °C le niveau preindustriel. L'objectif le plus ambitieux de l'Accord de Paris est desormais statistiquement hors d'atteinte en trajectoire continue.

Le poids du retrait americain

La COP30 s'est egalement tenue dans l'ombre du second retrait des Etats-Unis de l'Accord de Paris, annonce par l'administration Trump en janvier 2025. L'absence du premier emetteur historique de gaz a effet de serre a pese sur les negociations, affaiblissant la pression sur les autres grands emetteurs et compliquant les discussions sur les contributions financieres.

La feuille de route Bakou-Belem

De la COP29 a la COP30 : un continuum financier

Le 5 novembre 2025, les presidents de la COP29 (Bakou) et de la COP30 (Belem) ont presente leur feuille de route conjointe. Ce document fixe un plan directeur pour mobiliser au moins 1 300 milliards de dollars par an pour les pays en developpement d'ici 2035.

Cette feuille de route reprend et prolonge les engagements pris a Bakou en 2024, ou un premier jalon de 300 milliards de dollars par an d'argent public avait ete fixe. A Belem, l'enjeu etait d'inscrire ce montant dans une trajectoire plus large integrant toutes les sources de financement : public, prive, multilateral, bilateral.

Les 1 300 milliards : d'ou vient ce chiffre ?

L'objectif de 1 300 milliards de dollars par an n'a pas ete choisi au hasard. Il correspond a l'estimation basse des besoins identifies par le Groupe d'experts de haut niveau sur le financement climatique, mandate par l'ONU. Les evaluations plus ambitieuses situent les besoins reels des pays en developpement entre 1 400 et 2 400 milliards de dollars par an d'ici 2030.

Le montant se decompose schematiquement en :

  • 300 milliards de dollars de financement public direct (pays developpes vers pays en developpement)
  • 1 000 milliards de dollars mobilises via le secteur prive, les banques multilaterales de developpement, les fonds souverains et les mecanismes financiers innovants

Le Mutirao : ce que dit le texte final

Les engagements confirmes

Le document final de la COP30, baptise « Mutirao » (terme bresilien designant une action collective), « rappelle » les engagements formules a la COP29 :

  • Mobiliser 300 milliards de dollars par an d'argent public d'ici 2035
  • Atteindre une enveloppe totale de 1 300 milliards de dollars en integrant toutes les sources
  • Tripler les financements pour l'adaptation d'ici 2035
  • Activer le Fonds pour pertes et dommages decide a la COP28 de Dubai

Le Fonds pour pertes et dommages operationnel

Avancee notable : la mise en oeuvre operationnelle du Fonds pour pertes et dommages a ete confirmee, avec les cycles de reconstitution valides. Ce fonds, cree a la COP27 de Charm el-Cheikh et structure a la COP28, vise a indemniser les pays les plus vulnerables face aux catastrophes climatiques qu'ils n'ont pas causees.

La foret tropicale : 5,5 milliards collectes

Le Fonds pour la preservation des forets tropicales, initiative phare de la presidence bresilienne, a permis de collecter 5,5 milliards de dollars aupres de 53 pays. Au moins 20 % des ressources seront directement reversees aux peuples autochtones et aux communautes locales.

Une premiere : la lutte contre la desinformation climatique

Pour la premiere fois dans l'histoire des COP, le texte final reconnaît officiellement la necessite de lutter contre la desinformation climatique et les discours qui sapent l'action fondee sur la science. Une avancee symbolique mais significative dans le contexte de montee du climatoscepticisme.

Les limites de l'accord

L'impasse sur les energies fossiles

Le point le plus critique : aucune obligation contraignante n'a ete adoptee pour sortir des energies fossiles. Le « phase out » reclame par l'Alliance des petits Etats insulaires (AOSIS) et l'Union europeenne a ete reduit a un simple « rappel » du « transitioning away from fossil fuels » acte a la COP28. Les pays producteurs de petrole et de gaz — Arabie saoudite, Russie, Irak — ont bloque toute avancee sur ce front.

Des formulations volontairement vagues

Sur l'adaptation, les Etats sont appeles a « faire des efforts » visant un triplement des fonds dedies d'ici 2035. Mais la formulation ne mentionne pas le montant de 120 milliards de dollars que les pays en developpement voulaient voir inscrire noir sur blanc. Cette ambiguite deliberee permet a chaque partie de revendiquer une victoire sans s'engager concretement.

Le fosse entre promesses et realite

Les financements climatiques se sont eleves a 624 milliards de dollars en 2024 — un record, mais encore loin des 1 300 milliards vises. Pour combler l'ecart, il faudrait plus que doubler les flux financiers annuels en moins de dix ans, dans un contexte de tensions geopolitiques et de contraintes budgetaires generalisees.

Les reactions

Les pays en developpement : « un pas, mais insuffisant »

Le G77 + Chine, qui represente les interets des pays en developpement, a salue l'inscription du chiffre de 1 300 milliards mais deplore l'absence de mecanismes contraignants. « On nous demande de nous adapter a une crise que nous n'avons pas creee, avec des promesses qui ne sont pas legalement opposables », a resume le negociateur en chef du groupe africain.

L'Union europeenne : « un compromis realiste »

Bruxelles a défendu l'accord comme le meilleur resultat possible compte tenu du rapport de forces. Le negociateur europeen a souligne l'importance d'avoir maintenu le cadre multilateral intact malgre le retrait americain et les tensions avec les producteurs de fossiles.

Les ONG : « un echec maquille en victoire »

Les grandes ONG environnementales — Greenpeace, WWF, Oxfam — ont unanimement critique un accord « qui ne casse rien mais qui ne change rien ». Bon Pote, media francais de reference sur le climat, a titre son analyse : « COP30 : une vraie reussite... pour les exportateurs d'energies fossiles. »

Que se passe-t-il apres Belem ?

La COP31 en Australie

La prochaine COP se tiendra en Australie en novembre 2026. L'enjeu principal sera la soumission des nouvelles contributions determinees au niveau national (NDC) par chaque pays. Ces plans d'action nationaux devront etre alignes avec l'objectif de 1,5 °C — un exercice qui s'annonce extremement difficile vu l'ecart actuel entre les engagements et les trajectoires d'emissions.

Le suivi du financement

Un mecanisme de suivi et de verification des flux financiers doit etre mis en place d'ici la COP31, pour s'assurer que les promesses de Belem se traduisent en decaissements reels. L'experience des 100 milliards promis a Copenhague en 2009 — atteints avec deux ans de retard et largement constitues de prets — invite a la vigilance.

Ce qu'il faut retenir

La COP30 de Belem a officialise un objectif ambitieux de 1 300 milliards de dollars par an d'ici 2035 pour le financement climatique, tout en activant le Fonds pour pertes et dommages et en mobilisant 5,5 milliards pour les forets tropicales. Mais l'absence d'engagements contraignants sur la sortie des energies fossiles et les formulations volontairement floues sur l'adaptation en font un accord a minima. Le processus multilateral survit, mais la fenetre pour limiter le rechauffement se referme a chaque COP sans rupture.

Sources

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